Français: Blog sur la thèse de doctorat d'Eric Pasquati, dont le thème est l'appropriation des technologies de l'information et de la communication (TIC) par des agriculteurs ouest-africains.

English: Eric Pasquati's PhD concerning the appropriation of ICT by farmers in West Africa. Please, fell free to leave your comments in English.

Português: Tese de doutorado de Eric Pasquati sobre a apropriação das tecnologias da informação e da comunicação (TIC) pelos agricultores da
África do Oeste. Será um prazer discutir também em Português sobre o tema.

Español: Tesis de doctorado de Eric Pasquati sobre la
apropiación de las tecnologías de información y de la comunicación (TIC) por los agricultores del África de l'Oeste. Sientan la libertad de dejar también sus comentarios en español.

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22 mai 2009

suggestions d'un jury de thèse

Le 18 mai 2009, j'ai été à la soutenance de thèse de Susana Bleil à propos des Sans Terre au Sud du Brésil. Indépendamment de l'écart entre le sujet de cette thèse et celui de la mienne, quelques commentaires du jury m'ont semblé particulièrement pertinents, les voici:

sur le fond:
  • ne pas se cantonner à l'objet d'étude: comparer, mettre en relation, contextualiser, prendre de la distance
  • bien intégrer le théorique, le descriptif et l'analyse
  • réflechir aux conditions socioculturels d'engagement/desengagement aux intitutions locales
  • décrire l'hierarchie (et les rapports de pouvoir) dans ses expressions quotidiennes, dans la réalité concrète de la vie sociale
  • le plus fondamental en ce qui concerne les entretiens serait de "prendre au sérieux les choses qui sont importantes pour la personne devant toi"

sur la forme:
  • faire référence seulement aux textes qui effectivement a été utilisé dans la construction du raisonnement (des "références oubligées" qui ne sont pas vraiement utilisées finnissent par alourdir le texte sans nécessité)
  • pour faciliter la lecture, penser à utiliser pertinnement des images (aussi des cartes) et des encadrés

Félicitation à Susana par son succès dans sa thèse!

5 déc. 2008

Rdv avec Alain Retiere

Avec : Alain Retière
Quand : le 05 décembre 2008, de 15h15 à 16h15
Où : FARM
Objet : point d'avancement de la thèse

Quelques points abordés par Alain dans ses commentaires sur la thèse:
  • la question de l'échelle de la recherche: le terrain d'étude sera un village, un groupe de villages, une région, …? Selon lui il serait intéressant de ne pas trop limiter l'étendu du terrain (en pratique, ne pas faire la recherche sur un seul village!), car en communication il faut prendre en compte la notion de réseau, exposée dans la suite.
  • la notion de réseau: importance de l'interaction des membres de la communauté avec des acteurs extérieurs dans la circulation de l'information. Alain dit que probablement le rôle du téléphone portable, par exemple, n'est pas essentiel pour la communication au sein d'un même village, mais dans le contact de ce village avec d'autres centres. Il dit qu'il serait intéressant de comparer un village qui a l'accès aux TIC et que les utilise et un autre que ne l'a pas.
  • les signes extérieurs dans l'utilisation des objets techniques: des postures, des manipulations (comment l'usager joue avec l'objet, même en dehors du cadre spécifique d'utilisation), des comportements. Il souligne l'importance de la signification symbolique de ces objets. Exemple du "chef" africain qui "n'a pas de cartable", qui a tout sur soi, et que tient le téléphone portable à la main, même sans l'utiliser, peut-être comme un symbole de pouvoir.
  • l'intérêt d'aller voir comment se passe l'utilisation des TIC dans des villages indiens (donner préférence à voir directement sur le terrain, avec les agriculteurs), et peut-être aussi dans d'autres pays, comme le cas du Nicaragua (où, en raison d'une initiative privé, le réseau de fibres optiques s'est énormément développé de façon que quelques villages sont passés d'un état de non connexion, directement à la connexion de haut débit).
  • possible différence de nature des savoirs construits de façon traditionnelle d'un côté, et avec des informations véhiculées par les TIC de l'autre? à explorer.
  • à creuser: protocoles ethnographiques ou ethnologiques? ou psychosociologiques? ou anthropologiques?

Alain s'intéresse beaucoup à l'eGouvernance et au potentiel des TIC de générer des nouvelles marges de manœuvre pour les usagers, vis-à-vis des systèmes, des institutions en place. Pour illustrer il fait allusion à a façon par laquelle les personnes d'une petite communauté éluent leurs représentants politiques. Il dit qu'en beaucoup de cas, les personnes choisissent celle parmi elles qui a le plus grand contact avec l'extérieur. Il cite aussi l'exemple des 2 chefs pour les peuples descendants des Mayas: le chef "espagnol" (même si c'est un locaux c'est quelqu'un qui est proche de la logique d'exploration d'un pouvoir officiel, et normalement loin du terrain, du travail de la population) et le chef "du travail", celui dont la légitimité est basé sur son autorité dans les activités concrètes de la communauté. Dans une bonne partie des cas, les élus des petits villages y passent dans le moment des campagnes électorales (aussi pour faire leurs promesses…), et après l'élection, vont vivre en grande ville. Ces mêmes élus vont passer dans les villages de temps en temps et dire ce qu'ils veulent sur ses activités parce que personne n'est en mesure de confirmer ou infirmer ce qu'il dit. Alain espère que l'utilisation des TIC pourra donner aux usagers accès direct à des informations permettant un plus grand contrôle, de façon qu'ils puissent s'en passer des médiateurs dans les circuits de l'information. C'est certainement une problématique intéressante. Même n'étant pas au sein de la thèse, il vaut la peine la garder dans un coin de la tête et prendre en compte des enjeux d'eGouvernance également.

2 déc. 2008

Réunion avec CM

Avec : Claude Meyer, directeur de thèse
Quand : le 01 décembre 2008, de 16h45 à 17h15
Où : Gare d'Austerlitz
Objet : commentaires sur le texte du cadrage

Une très brève réunion pour avoir quelques commentaires de CM sur le document de cadrage de la thèse. Il est content avec le résultat de ce travail mais rappelle que je suis en retard et donne plusieurs suggestions.
  • il faut être plus spécifique par rapport aux objets techniques qui seront pris en compte, évitant allusion générale aux TIC. Il avait suggéré le téléphone portable, mais il est d'accord pour inclure également l'internet, en sachant qu'il va falloir préciser comment aborder l'utilisation de ces objets. Il me semble que l'idée est d'aborder la complémentarité entre ces deux technologies. CM affirme, néanmoins, qu'en termes de méthodologie il faut passer par une approche comparative entre les deux.
  • dans ce sens, il faut définir "téléphone portable" (voir travaux de Patrice FLICHY) et "usages d'internet" dans le contexte de notre intérêt.
  • il faut explorer davantage d'auteurs Africains.
  • il faut explorer les autres langues: PT et EN.
  • pour la méthodo, il vaut mieux continuer de lire des articles et essayer d'identifier quelle est la méthodologie utilisée par les auteurs en question (éviter d'aller vers des bouquins spécifiques, ou des dictionnaires de méthodo).
Suggestion de points à aborder:
  • l'opposition entre sociétés moderne et traditionnelle (monde que ne change pas, où l'innovation n'est pas bien vue, registre de croyances, rôle de l'analogie)
  • la différence entre les représentations individuelle, sociale et collective (voir livre Meyer);
  • les couches culturelles (demander référence à Meyer – je n'ai pas trouvé "Gert Geersted")
On n'a pas eu le temps d'aborder plusieurs questions… comme l'intérêt et le timing pour étudier la typologie des exploitations agricoles, et le choix du terrain.

CM m'a demandé pour d'ici quinze jours une vingtaine de pages avec l'évolution des ces recherches, approfondissant la problématique.

27 oct. 2008

Réunion besoins en information 22oct08

Avec : Jean-Marie Blanchard, conseilleur professionnel pour la thèse; Cecilia Bellora, chef de projet politiques agricoles à FARM; et Mathilde Douillet, chef de projet vivrier à FARM
Quand : le 22 octobre 2008, de 15h à 16h30
Où : à FARM
Objet : caractérisation des agriculteurs, de leurs activités et hypothèses sur leurs besoins en information

L'objectif de cette réunion était de discuter plus longuement la question de la caractérisation des informations pertinentes pour les agriculteurs africains. Plusieurs facteurs doivent être pris en compte dans la formulation d'hypothèses sur les besoins en information des agriculteurs. Ces facteurs témoignent de l'importance d'aspects économiques mais aussi socioculturels dans cette analyse.

Dans la logique de centrer la recherche sur l'agriculteur et de tenter saisir ce qu'il a à l'esprit (ce qu'il fait, ce qu'il veut), voici quelques points de réflexion:

Il faut comprendre la structure et la dynamique des exploitations agricoles en question. Il serait donc intéressant d'étudier les typologies d'exploitations pour mieux comprendre la disposition et la répartition des moyens de production (dans l'espace et dans le temps), car de cette dynamique naissent les besoins en informations professionnelles. Ces typologies sont des grilles d'analyse qui aident à caractériser les exploitations de façon plus ou moins objective. Même étant important de faire attention aux limites de ces grilles face aux spécificités locales, les typologies sont un bon point de départ dans l'effort de caractérisation des exploitations agricoles. Dans ce sens, Cecilia et Mathilde m'ont suggéré la lecture de quelques articles du "Memento de l'agronome" et d'exemples pratiques dans le livre "Agricultures et paysanneries des Tiers mondes", de Marc Dufumier.

Essayant de lister des besoins probables en information des agriculteurs, on trouve facilement une première catégorisation: d'un côté des informations d'ordre personnel (nouvelles de la famille, réseau social non professionnel, etc.), et de l'autre côté des informations professionnelles. Ces dernières peuvent être liées à:
  • la production: informations sur les intrants (fournisseurs, prix, délais), des prévisions météorologique, des conseils techniques (d'intérêt général, spécifiques sur une culture, ou plus encore, personnalisés);
  • la commercialisation: sur les intermédiaires, sur les prix dans les divers marchés pertinents, sur le transport des produits jusqu'aux marchés (état des routes, coût associé au transport);
  • l'organisation professionnelle: sur des activités institutionnelles (réunions, assemblées), sur des projets et institutions d'aide au développement (éligibilité et comment en bénéficier);
  • le financement: information sur le crédit et l'assurance, auprès des fournisseurs d'intrants et auprès d'une IMF (institution de micro finance)

Il faut intégrer des informations stratégiques pour la prise de décision aux caractéristiques propres de l'exploitation. Par exemple: au moment du choix de quel produit cultiver, des informations prévisionnelles sur l'offre et la demande (basées sur l'historique de production et des prix dans la région, et sur les tendances des marchés en question), d'une nature beaucoup plus volatile et incertaine que les informations techniques propres aux ressources de l'exploitation, s'ajoutent à ces dernières dans l'analyse des contraintes et opportunités pour la campagne en cours.

Il est difficile de généraliser les besoins en information des agriculteurs, ces besoins sont très spécifiques dans le temps (moment du cycle cultural), par rapport à la culture en soi (produit agricole cultivé), et par rapport au contexte de production. Il est très important d'être proche du terrain dans la définition de ces besoins. Les OP pourraient peut-être jouer ce rôle (elles les font déjà dans certains cas), mais il faut faire attention à l'écart qui peut exister entre l'intérêt des leaders des OP et les besoins effectifs des agriculteurs représentés.

Plusieurs facteurs viennent complexifier l'analyse des besoins en information dans le cas des petites exploitations agricoles africaines. Quelques uns de ces facteurs adviennent du fait que, dans la grande majorité des cas, les exploitations ne sont pas (et n'ont pas eu la condition de l'être jusqu'à présent) structurées comme des entreprises. On peut constater cela par l'absence d'une dynamique structurée de réinvestissement productif, mais aussi par l'absence de salariés et par une forte superposition entre les sphères professionnelle et familiale. Des facteurs socioculturels et économiques sont imbriqués, par exemple, dans le mélange des dépenses et recettes de l'exploitation et de la famille dans une seule trésorerie. Un autre facteur: les produits des petites exploitations peuvent normalement être commercialisés dans plusieurs marchés, ces marchés ne sont pas en règle générale harmonisés entre eux. Dans ce contexte, l'information commerciale est d'autant plus spécifique et difficile à obtenir de façon fiable.

La promotion de l'accès à l'information économique implique des questions de pouvoir. Avec un marché plus transparent, il y a moins de place pour la spéculation. Le pouvoir de négociation du producteur bien informé augmente face à l'intermédiaire. Si d'un côté le bénéfice pour le producteur est clair (sa marge de bénéfice augmente), de l'autre côte on pourrait imaginer que la perte de pouvoir relatif dans la négociation serait mal reçue par les intermédiaires. Pourtant, Monsieur Blanchard a attiré notre attention au fait que souvent les intermédiaires perçoivent la transparence également du côté positif, et cela surtout grâce à la réduction de risques – avec un système plus transparent les intermédiaires peuvent mieux planifier leurs activités et récupérer la marge de bénéfice perdue par rapport à la situation de manque de transparence.

Quelques suggestions:
  • organiser une nouvelle réunion pour faire la point d'avancement académique dès que le travail de cadrage soit prêt et envoyé au directeur de thèse;
  • lire le préface et l'introduction du livre "Histoire des agricultures du monde", de Marcel Mazoyer et Laurence Roudart;
  • lire des exemples de typologie d'exploitation agricoles dans le livre "Agricultures et paysanneries des Tiers mondes", de Marc Dufumier;
  • consulter le Memento de l'agronome.
*

Rdv avec Shabnam Vaezi

Avec : Shabnam Vaezi, maître de conférence à Tours
Quand : le 08 octobre 2008
Où : à la BNF
Objet : orientation pour la thèse

Shabnam a été très sympathique avec moi et m'a orienté de façon informelle sur l'organisation de mon travail de thèse et sur la dynamique d'interaction avec le directeur de thèse. Elle m'a également suggéré l'utilisation de quelques bases de données avec des articles scientifiques dans le domaine des sciences de l'information, comme par exemple FRANCIS.
Surtout il a été important pour moi de mieux comprendre l'intégration des théories de référence dans le travail. Une séquence simplifiée du travail de la thèse que me semble cohérente et qui m'a été rappelé par Shabnam est la suivante:
  • définir une problématique bien basée sur une théorie de référence;
  • se renseigner sur l'état de l'art de la question (tour des travaux scientifiques déjà réalisés dans le domaine);
  • faire évoluer la problématique (en l'adaptant par rapport à l'état de l'art de la question);
  • définir la méthode de travail de terrain;
  • réaliser le travail de terrain;
  • analyser les résultats.
Elle m'a également rappelé de l'importance d'écrire! dès le début de la thèse.
Merci encore Shabnam!

20 oct. 2008

Entretien avec Michel Puech

Avec : Michel Puech, philosophe
Quand : le 16 octobre 2008, de 15h30 à 16h30
Où : à la Sorbonne
Mots-clés: TIC, appropriation, culture, éthique

Dans cette discussion avec le philosophe Michel Puech, on a abordé la question de l'appropriation des TIC dans un contexte culturel différent. On a discuté sur la dynamique d'appropriation, sur l'importance de la compréhension des besoins et de la vision du monde de l'utilisateur potentiel, sur l'intérêt ou la nécessité d'intermédiaires dans l'utilisation des TIC par des agriculteurs, et finalement, sur des questions éthiques liées à l'influence culturelle.


Deux phases d'appropriation

Puech suggère que le processus d'appropriation des TIC a deux phases distinctes. La première est une phase d'amorçage, où il faut franchir la barrière d'apprentissage (la barrière d'appropriation) qui sépare les utilisateurs potentiels d'un côté, et les TIC de l'autre. Probablement il aura une dimension pédagogique à explorer pour franchir cette barrière culturelle dans le cas des agriculteurs ouest-africains. C'est seulement après que cette phase est franchie qu'il y a la possibilité d'atteindre la maitrise partielle et la manipulation autonome des TIC, une phase dans laquelle les utilisateurs adaptent l'usage des TIC de façon indépendante et innovante, selon leurs propres besoins spécifiques. Un exemple ce sont les jeunes qui commencent par utiliser des blogs avec les fonctionnalités standardisées et que dans la suite s'engagent dans l'apprentissage d'un langage de communication spécifique qui leur permettra d'adapter et créer des nouvelles fonctionnalités selon leurs propres intérêts.


"Entrer dans la culture"

Puech considère qu'avant de faire de propositions sur l'utilité des TIC dans un contexte donné, il faut tenter "d'entrer dans la culture" en question. Il faut comprendre ce qui l'usager potentiel a à l'esprit, ce qu'il fait et ce qu'il veut. Des propositions artificielles et "étrangères" à la réalité locale risquent toujours d'être reçues comme soumission (technique ou culturelle), ce qui engendre un comportement défensif de la part des locaux et donc contraire à l'appropriation. "Il faut prendre des gens comme ils sont".


La transparence et les intermédiaires, enjeux de pouvoir

Si les TIC sont accessibles à tous de façon transparente (c'est-à-dire, l'usager l'utilise sans se demander ni savoir comment elles fonctionnent), et comme il y a toujours le risque de panne, une dépendance chronique des utilisateurs vis-à-vis des experts s'installe. Si au contraire les TIC sont de plus en plus maitrisées par les utilisateurs, minimisant cette dépendance, le pouvoir technique des ingénieurs et des experts en informatique est mis en question. Il y a donc des enjeux de pouvoir à prendre en compte dans la stratégie et/ou l'évolution de l'appropriation des TIC.
Ceci dit, dans une bonne partie des cas envisagés et au moins à court et moyen terme, les agriculteurs eux-mêmes n'auront pas accès direct aux TIC – des intermédiaires probablement assureront le dernier maillon dans les échanges d'information. Ainsi, Puech parle de la création "d'élites intermédiaires", qui s'approprieraient les TIC et serviraient d'intermédiaire pour faire les agriculteurs bénéficier des informations échangées grâce aux TIC. D'un côté, cela réduit le nombre de personnes qui devraient être "converties" au monde des TIC pour assurer une utilisation pertinente de ces technologies. De l'autre côté, cela pose la question de la relation entre cette nouvelle élite et les agriculteurs, avec de nouveaux enjeux de pouvoir à prendre en compte.
Dans cette analyse de la transparence et des intermédiaires Puech attire l'attention au fait que nous occidentaux sommes souvent obsédés du cognitif, et qu'on aurait tendance à valoriser et/ou à promouvoir une appropriation profonde des TIC par tous les utilisateurs potentiels. Puech dit qu'il faudrait remettre en question cette obsession du cognitif, et se demander de façon pragmatique quel est l'intérêt dans le cas des agriculteurs ouest-africains: la compréhension complète du fonctionnement des TIC, ou leur utilisation pratique pour l'obtention de résultats concrets? Cela rejoint la préoccupation de répondre à des besoins des agriculteurs en information et en communication et non pas de penser l'utilisation des TIC comme une fin en soi.


Influence culturelle, une question éthique

Partant de l'évidence que, pour notre culture et vision actuelle du monde, l'utilisation des TIC peut être bénéfique à la dynamisation des échanges d'informations entre les membres d'un groupe, on considère légitime ainsi la considérer également pour des agriculteurs en Afrique de l'Ouest. L'action de promotion de l'utilisation des TIC demanderait ce que Puech nomme une "optimisation culturelle" des agriculteurs ou des intermédiaires. Tout de suite une question fondamentalement éthique se pose: avons-nous le droit de modifier la culture de l'autre? Une autre question de même genre mais plus spécifique: promouvoir l'utilisation des TIC par une parcelle de la population qui jouerait le rôle d'intermédiaires par rapport à la majorité des agriculteurs n'est pas créer ou promouvoir des inégalités?
Selon Puech, il faut d'abord assumer le fait que notre système de valeurs est "destructeur" des autres cultures. Selon lui la seule possibilité qu'une culture reste inchangée par rapport à la nôtre est de ne pas entrer en contact avec cette dernière. Les facilités et les conforts développés dans notre culture auraient un pouvoir irrésistible d'attraction. Il exemplifie cela disant qu'il est "impossible" de continuer à faire de l'arc et de la flèche après connaître le fusil. Il faut donc prendre conscience de cette influence qu'on aura dans les autres cultures lors qu'on essaie d'aider une société quelconque dans son processus de développement.
Ensuite, Puech dit que notre éthique nous donne une certaine liberté d'action et d'influence dépendant de notre objectif dans l'action: si l'objectif était de vendre des TIC aux paysans, la démarche de promouvoir l'utilisation des TIC ne serait pas en accord avec notre éthique; mais si l'objectif est d'aider les agriculteurs à augmenter leur sécurité alimentaire, d'améliorer leurs conditions de vie, en bref, dans leur propre intérêt, on peut se permettre d'influencer leur culture, même si cette influence engendre la dégradation de quelques aspects de leur culture originale.
Finalement Puech parle de "transaction évolutive" pour caractériser le contact entre cultures. Il aura toujours des gains et des pertes liés à l'influence d'une culture sur une autre. Cela caractérise une transaction dans le sens qu'il doit exister une négociation et une prise de conscience par rapport à l'influence. Un point fondamental est qu'il faut considérer, au-delà de l'aspect matériel, l'aspect symbolique des gains et surtout des pertes liées à cette transaction.

8 oct. 2008

Réunion point d'avancement à FARM 07oct08

Avec : Thiendou Niang, membre du conseil scientifique de FARM; Jean-Marie Blanchard, conseilleur professionnel pour la thèse; Bernard Bachelier, tuteur professionnel pour la thèse; Cécilia Bellora, responsable politiques agricoles à FARM; Mathilde Douillet, responsable projet vivrier à FARM; Bruno Martin, webmaster à FARM. Excusés: Claude Meyer, directeur de la thèse; Michel Petit, président du conseil scientifique de FARM, Alain Retière, membre du conseil scientifique de FARM; Billy Troy, responsable eau à FARM; Denis Herbel, responsable coton à FARM.
Quand : le 07 octobre 2008, de 15h à 17h
Où : FARM, Paris
Objet : point d’avancement de la thèse, discussion sur l'orientation

Cette réunion a été une occasion privilégiée de recevoir des critiques constructives sur le travail réalisé jusqu'à présent dans la thèse et sur son orientation future. Je tiendrais à remercier la participation de tous. La discussion m'a amené à constater des vices et des hypothèses cachées dans le raisonnement développé originalement. Voici de façon résumé les commentaires et suggestions:

  • se détacher de la vision d'ingénieur et faire attention au vocabulaire utilisé. Par exemple, éviter l'allusion à des termes comme "configuration" (dans la question de départ) et même "système d'information", qui connote une vision techniciste.
  • réfléchir sur l'expression "appropriation des TIC", il y a le risque qu'on l'interprète comme si on insistait sur une intention de faire les agriculteurs adhérer à tout prix aux TIC.
  • centrer la recherche sur l'agriculteur (leur contexte, leurs besoins, leur relation avec les informations, …), mettant les TIC en deuxième plan. Apparemment j'étais en train de me concentrer trop sur le moyen d'accès aux TIC et pas suffisamment sur l'agriculteur.
  • se libérer de l'hypothèse du rôle central des OP dans la circulation de l'information, surtout sur les aspects culturels. J'étais trop attaché à la mission de juin dernier et aux expériences visitées. Il faut regarder ailleurs, répertorier les projets d'application des TIC pour l'agriculture qui sont mis en œuvre par les plus diverses institutions (ONG, associations, OP). Les OP ne sont pas représentatives des aspects culturels liés à l'échange d'informations entre les agriculteurs. Les OP doivent être vues plutôt comme une "porte d'entrée".
  • établir des typologies, des caractérisations, à la fois (1) des agriculteurs en question, (2) de la nature des informations échangées [*], (3) des voies d'accès à l'information, (4) des approches méthodologiques déjà proposées dans la littérature scientifique et dans des rapports de projets pratiques.
  • prioriser les aspects culturels suivants dans l'analyse: relation entre information et pouvoir; utilisation des TIC et changement de valeurs; questions intergénérationnelles; questions liées au genre.
__________
[*] il est envisageable d'organiser un comité restreint de réflexion sur les contenus des échanges, sur les besoins en information des agriculteurs. Il serait important d'appréhender les questions traditionnelles des agriculteurs (en termes des préoccupations courantes liées au calendrier des cultures, par exemple). Cecilia et Mathilde sont disposées à m'aider dans l'approche de ces questions. Monsieur Blanchard est également intéressé à participer à ce comité restreint.

2 oct. 2008

Réunion avec CM

Avec : Claude Meyer, directeur de thèse
Quand : le 02 octobre 2008, de 11h à 12h
Où : Gare d'Austerlitz
Objet : point sur l'avancement académique de la thèse

Je commence à comprendre qu'est-ce que c'est être un thésard. Au lieu de vouloir être guidé par le directeur de thèse, il vaut mieux arriver de temps en temps avec des propositions (par des emails ou des textes plus structurés) et recueillir des critiques, des suggestions. Dans ce rencontre j'ai discuté avec Monsieur Meyer sur cet état d'esprit pour le travail de la thèse, sur les grandes étapes à suivre dans ce travail et sur des questions de la bibliographie. Résumant quelques suggestions:

  • Titre: "appropriation des TIC dans le contexte professionnel" au lieu de "utilisation professionnelle des TIC".
  • Question de départ: "pourquoi" au lieu de "comment", et "usage pertinent" au lieu de "efficacité".
  • Aspects culturels: les divers aspects culturels cités [1] constituent des thèmes en soi, il va falloir choisir sur quels aspects focaliser la recherche.
  • Bibliographie: ne pas chercher des livres pour l'instant, concentrer les efforts plutôt dans l'identification des laboratoires et des chercheurs qui travaillent avec des questions semblables (à partir des aspects culturels cités [1]). Une fois les chercheurs identifiés, chercher leurs publications et aussi des contacts directs. Voir aussi du côté des universités africaines (Dakar, Yaoundé, etc.), et des ONG dans lequel des chercheurs publient sur ces questions. Meyer est prêt à me répondre brièvement des messages hebdomadaires sur la lecture de publications: concrètement, je lui dis ce qui j'ai lu dans la semaine et il me dit si je suis dans la bonne direction.
  • Cadrage de la problématique: je dois rendre un document de 20 à 30 pages pour le 15 novembre prochain avec le cadrage des questions qui seront traités dans la thèse, à partir de la bibliographie (présenter l'état de connaissances actuel), problématisant les questions et proposant des possibles solutions. Attention pour les termes utilisés: dans des travails comme cela, on "suggère", on ne "montre" pas une solution. Ce document doit se baser complètement sur les lectures des publications, et non pas sur les impressions tirées de la mission de juin.
  • Parler avec les anciens doctorants de Monsieur Meyer: avoir divers points de vue sur le vécu de l'expérience de la thèse, l'organisation du travail, etc.
  • Lectures de base: sur l'épistémologie monsieur Meyer suggère Karl Popper (différence entre religion et science, la religion basé sur des dogmes, qui ne sont pas mis en question, et la science basé sur des théories, qui doivent toujours être mises en question constamment) et Gaston Bachelard (science comme succession d'erreurs). Meyer suggère encore la lecture du Discours de la méthode, de Descartes.
  • Recherche à partir du terrain: je fais effectivement une thèse à partir d'un questionnement lié au terrain. Nous sommes dans l'approche empirico-inductive, et donc on ne se base pas sur une théorie spécifique. Il est possible qu'on fasse allusion à une théorie, mais elle n'est pas le point de départ. Des hypothèses seront énoncés et testés sur le terrain, mais non pas nécessairement en relation avec une théorie spécifique. Voici quelques étapes qui ne doivent pas être considérées comme absolument indépendantes, séparées: 1) observation de problèmes du terrain, 2) répertoire de ce qui a déjà été fait dans le domaine de questionnement (biblio: chercheurs, publications), 3) cadrage de la problématique, 4) méthodologie pour travail de terrain, 5) mission sur le terrain, 6) rédaction.
L'axe de la thèse est donc la mise en cohérence de l'échange d'informations et de la construction de la connaissance professionnelle des agriculteurs ouest-africains.

Observation: Meyer ne vient pas à la réunion du 07 octobre 2008.
__________

[1] Quelques aspects culturels qui nous semblent pertinents:
  • la disposition à l'échange (demande exprimée), l'importance de l'oralité
  • l'attachement des nouvelles générations au monde rural et (potentiel influence)
  • partage du pouvoir au sein des OP (registre information-pouvoir)
  • le lien communautaire (la "solidarité contrainte")
  • l'influence de la technologie dans le changement des valeurs
  • la résistance à l'innovation technologique et méthodologique
  • manque de formalité, de précision et de rigueur des employées dans le contexte agricole
  • le pragmatisme

10 sept. 2008

Résumé de la thèse / PhD abstract

en Français (see below for English)

L'utilisation professionnelle des TIC par des agriculteurs de l'Afrique de l'Ouest, une approche culturelle

Depuis le début de 2008 une thèse de doctorat est en préparation au sein de la fondation FARM sur les aspects culturels qui influencent l'utilisation professionnelle des technologies de l'information et de la communication (TIC) par des agriculteurs d'Afrique de l'Ouest. L'objectif principal de ce travail est d'analyser les conditions de mise en œuvre d'un système d'échange de connaissances entre des agriculteurs ouest-africains. La démarche communicative qui nous intéresse appelle à une participation active des agriculteurs et de leurs organisations professionnelles, pas seulement comme utilisateurs finaux, mais comme sources et relais des informations échangées. Le support technologique envisagé doit tenir compte des limites structurelles et financières de la réalité rurale ouest-africaine, sans pour autant ignorer la tendance de généralisation de l’accès aux technologies les plus avancées. Même faisant référence au support technologique, l'approche choisie privilégie l'analyse de l'influence d'aspects culturels sur l'efficacité de l'échange de connaissances. La question de départ de la problématique est la suivante: comment intégrer des aspects culturels, sociaux et cognitifs dans la configuration d'un système d'échange d'informations et de connaissances professionnelles agricoles en Afrique de l'Ouest, dans l'objectif de maximiser son efficacité? La thèse étudiera cette question pour un système d’information particulier, qui reste à déterminer. Il est envisagé, ensuite, d'appliquer un protocole de décentration pour vérifier si les conclusions sont généralisables, et selon quelle méthode, à d'autres pays en développement. Les résultats attendus sont un ensemble de suggestions pratiques pour l'adéquate prise en compte des aspects culturels dans la configuration de systèmes d'échange d'informations et de connaissances agricoles en Afrique.

Une mission a été réalisée en juin 2008 pour faciliter l’appréhension du contexte des systèmes d’information agricole en Afrique de l’Ouest. Cette mission a permis à la fois de confirmer l'intérêt pratique du questionnement de base de la thèse – l'échange de connaissances est un besoin exprimé par des agriculteurs et des organisations professionnelles –, et de constater une maturité insuffisante des systèmes d'information agricole existants pour permettre une analyse d'impact de la prise en compte des aspects socioculturels dans leur configuration. Les circonstances semblent suggérer plutôt l'accompagnement de la mise en œuvre d'un projet de structuration d'un système d'information agricole. La suite du travail de la thèse au sein de FARM consistera, d'un côté, à nourrir une discussion avec des partenaires du domaine du développement agricole, à partir des enseignements de la mission de juin, pour identifier l'initiative à être concrètement accompagnée sur le terrain. De l'autre côté, nous continuons la recherche bibliographique pour enrichir la problématique de la thèse.

_________

in English

The professional use of ICT by farmers in West Africa, a cultural approach

Since the beginning of 2008 a PhD is been prepared within FARM foundation about the cultural aspects which influence the professional use of information and communication technologies (ICT) by farmers in West Africa. The main objective of this work is to analyze the implementation conditions of a knowledge exchange system among farmers in West Africa. The communicative practice that interests us is based on an active participation of farmers and of their professional organizations, not only as end users, but also as sources and relays of the information exchanged. The technological platform envisaged must take into account the structural and financial constraints of West Africa rural reality, without ignoring the trend of growing access to the most advanced technologies. The chosen approach for the PhD gives priority to the analysis of the cultural aspects influencing knowledge exchange efficiency. The research problem may be stated as follows: how to integrate cultural, social and cognitive aspects into the configuration of an agricultural knowledge and information exchange system in West Africa, in order to maximize its efficiency? A specific information system, still to be identified, will be the core example for the PhD. At the end, the conclusions put forward will be analyzed to determine to what extent, and following which methods, would they be applicable to other developing countries. The expected results are practical suggestions on how to take into account cultural aspects in the configuration of agricultural knowledge and information exchange systems in Africa.

In order to facilitate the apprehension of the agricultural information systems' context in West Africa, a search mission took place in June 2008. It confirmed that the theme of the PhD is worthwhile – knowledge exchange is an expressed demand of farmers and professional organizations. In the order hand, this search mission showed us that the agricultural information systems in place are not enough developed to allow the analysis of cultural influence in their configuration. Circumstances seem to suggest that, instead of trying to do such analysis for an established system, it would be necessary to study the cultural influence during the implementation of such a system. Based on the lessons learned in the mission of June, the next step in our research will be to discuss with partners of the agricultural development domain in order to identify the project which should be followed on the ground. Additionally, a bibliographical research is been done to enrich the understanding of the research academic context.

4 sept. 2008

Rdv skype avec Amadou Diop

Avec : Amadou Diop, responsable de la communication à l'ASPRODEB*
Quand : le 3 septembre 2008, de 10h30 à 11h30
Où : par skype (moi à Paris, lui à Dakar)
Objet : utilisation de la radio rurale dans le réseau ASPRODEB et une habitude difficile à contourner des relais en communication

Le planning de communication du projet PSAOP* inclue la radio rurale comme moyen stratégique de diffusion d'informations aux agriculteurs sénégalais. Dans la composante OP, les relais en communication ont été orientés à chercher des radios locales à partir desquelles des émissions destinées aux agriculteurs pourraient être diffusées. L'idée initiale était de donner préférence aux radios locales, mais une bonne partie d'elles a un rayon de diffusion très limité (entre 15 km et 60 km) pour couvrir toute la région d'un CRCR donné. Les relais en communication proposent des stratégies diverses: il y a ceux qui passent des contrats avec une radio régionale, qui ont un rayon de diffusion suffisant pour couvrir toute la région en question, d'autres qui proposent des émissions synchronisées dans plusieurs radios locales. Les propositions sont assez bien avancées dans huit des CRCR. Néanmoins, l'utilisation prévue reste exclusivement dans le sens de la diffusion d'informations, et on connaît les problèmes de moyens auxquels doivent faire face les radios rurales existantes: Amadou donne l'exemple d'une radio fondé en 2001 et que par manque de moyen ne fonctionne aujourd'hui que pendant six heures par jour, et cela grâce au bénévolat des responsables.

Jusqu'à maintenant les différents composantes du PSAOP ont eu des fonctionnements très indépendants une des autres. Amadou veut proposer une harmonisation entre les cinq composantes du projet, pour établir une stratégie de communication unique pour le PSAOP. Cela permettra, par exemple, la production d'émissions radio en commun entre composantes. La composante responsable par le conseil agricole, dirigé par l'ANCAR, développe actuellement un système d'information technique agricole (appelé SITAR) qui sera mis à disposition des utilisateurs à travers une plateforme sur internet. Amadou parle de la possibilité d'intégration des émissions radio avec le SITAR, de façon à promouvoir les échanges et la diffusion des conseils agricoles proposés par l'ANCAR.

Amadou a fait un commentaire sur l'environnement de travail à l'ASPRODEB qui me semble particulièrement intéressant pour la thèse. Il a dit que quelques personnes semblent se permettre moins de formalité et moins de précision dans l'exécution de leur fonction en raison de travailler dans un contexte agricole. Selon lui l'évocation du monde rural introduirait plus d'indulgence, plus de l'informel, plus d'un "laisser aller" dans la logique de travail. Amadou ne voit pas en cela un aspect culturel, car, selon lui, si c'était culturel on devrait le trouver au fil du temps et dans tous les contextes. Or, il dit qu'une même personne qui agit de façon relativement informelle dans le contexte agricole, agirait tout différemment dans un contexte d'entreprise urbaine par exemple, adoptant une posture plus rigoureuse face à ses obligations dans ce dernier cas. La liaison suggérée par Amadou entre ce manque de rigueur, de formalité, et le monde rural mérite certainement plus de réflexion. Peut-être qu'une question culturelle sous-jacente au comportement cité par Amadou soit en jeu indépendamment du contexte; peut-être c'est une question de perception affaibli de contrôle des salariés qui travaillent à distance par rapport à leurs superviseurs, comme les relais en communication… à creuser.

* pour plus d'informations voir l'article "Le CNCR, l'ASPRODEB et le PSAOP" dans ce blog.

1 sept. 2008

Entretien avec Mamadou Diarra

Avec : Mamadou Diarra, chargé de projets à l'ONG GRDR (Groupe de recherche et de réalisation pour le développement)
Quand : le 28 août 2008, de 14h30 à 15h
Où : FARM, Paris
Objet : le GRDR et l'échange d'informations agricoles en Afrique de l'Ouest

Mamadou Diarra m'a parlé un peu de l'histoire du GRDR (je vous invite à découvrir un aperçu de cette histoire sur leur site) et des projets soutenus par cet ONG au long du fleuve Sénégal, au Mali, en Mauritanie, et au Sénégal.

Pour l'instant ils ne soutiennent pas un grand nombre de projets dans le domaine de l'utilisation des TIC ou de l'échange d'informations agricoles. Le GRDR est néanmoins membre d'une radio local au Mali et des émissions sont organisées pour informer des agriculteurs sur des prix agricoles.

Dans l'aspect socioculturel, Mamadou avance une préoccupation des agents de développement sur le terrain qui mériterait une analyse plus profonde: la résistance des agriculteurs ouest-africains contre les innovations méthodologique ou technologiques. A part les risques inhérents à l'innovation qui doivent être réduits pour que l'agriculteur pauvre accepte d'innover (voir à ce sujet l'article sur ce blog à propos du livre "Le génie de l'Inde", de Guy Sorman, surtout le passage sur "la résistance de la pauvreté face à l'innovation"), Mamadou nous parle d'une inertie et d'une méfiance qui mettent en question l'efficacité des projets pilotes à caractère démonstratif. Il nous a parlé, par exemple, d'agriculteurs qui, même face à des faits accomplis et à de démonstrations factuelles de l'efficacité d'un technique donnée, restent sceptique et n'acceptent pas d'adopter l'innovation. Mamadou croit qu'une stratégie de communication adéquate envers les agriculteurs pourrait augmenter leur taux d'adhésion aux innovations.

Mamadou s'est montré intéressé par la thèse et disposé à participer à nos réflexions. Nous garderons contact.

Réunion avec JMB et BB

Avec : Jean-Marie Blanchard, conseilleur professionnel pour la thèse, et Bernard Bachelier, tuteur professionnel pour la thèse
Quand : le 27 août 2008, de 14h à 16h
Où : FARM, Paris
Objet : constats et enseignements de la mission de juin 2008

Monsieur Blanchard croit que l'aspect innovant de la thèse est son approche culturelle. Il est d'accord avec l'importance des trois aspects socioculturels constatés lors de la mission de juin, à savoir, (1) la disposition naturelle des agriculteurs africains à l'échange et leur volonté d'échanger d'avantage, (2) l'importance de l'oralité dans leur communication, et (3) l'attachement de la nouvelle génération au monde rural (voir l'article des constats pour des détails).

Monsieur Blanchard ajoute deux aspects culturels qui pourraient être pris en compte dans l'analyse:
  • le lien communautaire ouest-africain comme vecteur de communication: Monsieur Blanchard parle d'une "solidarité contrainte" qui caractériserait les relations entre les personnes dans une même famille ou dans une communauté. Cette solidarité ne serait pas toujours spontanée, mais plutôt une contrainte culturelle basée sur les valeurs de la reconnaissance de la famille et du respect par les plus âgés. Ainsi, par exemple, dans une famille où le père agriculteur reste dans un village et les fils partent faire leurs vies dans des villes, les fils ont l'obligation à la fois de prendre de nouvelles de leur père et de répondre à ses sollicitations. Non rare ce sont les fils qui équipent leur père avec un téléphone portable et qui lui achètent du crédit pour qu'il puisse utiliser le téléphone. Un flux de communication est donc établi entre les villes où sont les fils et le village où est le père.

  • le décalage de valeurs entre l'Afrique de l'Ouest et l'Europe et l'influence de la technologie dans les changements des valeurs: Monsieur Blanchard témoigne des similitudes de quelques valeurs et habitudes présentes dans la campagne ouest-africaine actuellement et celles qu'il a vécu dans son enfance dans la campagne française. Le développement graduel de la technologie et son utilisation dans le milieu agricole européen ont, selon lui, influencé le changement d'habitudes et de valeurs pour forger la société européenne actuelle. En Afrique, l'emploi de la technologique se développe dans une période beaucoup plus courte et il lui semble légitime de se demander comment cela va influencer des changements d'habitudes et de valeurs des agriculteurs africains.

Monsieur Blanchard a encore suggéré le contact avec l'ONG IICD (International Institute for Communication and Development), et avec des sociologues africains avec une bonne connaissance du terrain.

D'autres points abordés en présence de Bernard Bachelier ont été: l'importance de la création locale de contenu pour que l'offre soit véritablement adaptée aux besoins locaux, et la potentialité des modèles d'affaires basés sur des services payants. Sur ce dernier point, Monsieur Blanchard dit que les africains sont très pragmatiques et qu'ils sont près à payer pour une information ou un service qui leur augmentent les chances de gain économique.

28 juil. 2008

Rendez-vous téléphonique avec JMB

Avec : Jean-Marie Blanchard, conseilleur professionnel pour la thèse
Quand : le 21 juillet 2008, de 9h45 à 10h15
Objet : échanges d'impressions sur l'état des lieux des TIC ruraux en Afrique de l'Ouest

Monsieur Blanchard partage en général mes impressions sur l'état des lieux des TIC en Afrique de l'Ouest. La discussion m'a aidé à préciser la description des constats faits sur le terrain. En bref:

  • utilisation naissante de la technologie: pour l'instant, l'utilisation des TIC dans le monde rural africain est très réduite et limitée.
  • manque d'intérêt des opérateurs mobiles: les opérateurs de la téléphonie mobile en Afrique de l'Ouest ne s'intéressent pas (ou encore très peu) aux services à haute valeur ajoutée, comme l'accès à internet via le téléphone portable. Peut-être parce que cela impliquerait trop d'investissement pour comprendre les besoins spécifiques des utilisateurs potentiels.
  • évaluation des priorités: la TIC n'est qu'un outil, et il ne faut pas se tromper par rapport aux priorités pour le développement. Pour qu'un système d'information soit efficacement au service des paysans il faudrait tout d'abord que l'organisation professionnelle de producteurs soit bien structurée, en suite il faut considérer la question de la formation des paysans et du grand effort de simplification à faire dans la présentation des informations, et c'est seulement en troisième lieu que la question de l'infrastructure devrait être traitée.
  • relativisation du problème d'appropriation des technologies par les agriculteurs: si l'organisation professionnelle était bien structurée, et si des informations pertinentes et adaptées étaient présentées aux agriculteurs, ils seraient suffisamment motivés pour soulever les difficultés d'appropriation de la technologie.

Face au désintérêt des opérateurs de téléphonie mobile par des services d'haute valeur ajoutée pour les paysans Africains, Monsieur Blanchard pense que la solution passe par des prestataires de services locaux. Ils pourraient travailler avec les spécificités de la demande du monde rural, mais ils sont très petits et peu structurés actuellement. Il manquerait des incubateurs* pour faciliter leur développement.

Actuellement, monsieur Blanchard fait quelques déplacements: au Mali pour poursuivre son étude sur les stratégies d'accès universel aux TIC, commandée par la Banque Mondiale, et au Benin pour une étude sur l'adaptation de services informatiques pour les zones rurales, en partenariat avec un prestataire local.

Une réunion à FARM, à la dernière semaine d'août a été fixée (le mercredi 27 août à 15h). La participation de Bernard Bachelier est souhaitée au moins pour une partie de la réunion.

* Le programme infoDev, financé principalement par la Banque Mondiale, considère l'incubation comme une priorité.

24 juil. 2008

Point sur la méthode

L'édition de juin 2008 de la revue Computer, la principale publication de l'IEEE Computer Society (département informatique de l'Institut des Ingénieurs Electriques et Electroniques), propose un dossier sur les TIC pour le développement.

Lisant l'introduction des éditeurs invités (cliquez ici pour le fichier pdf), on découvre que la communauté scientifique est de moins en moins intéressée par les centres informatiques simples (appelés parfois télé-centres), même s'ils sont encore très répondus dans les stratégies de développement des praticiens. Voici le morceau qu'indique cette tendance (gras par nous):

"(...) the PC-based telecenter providing general public access to computing or the Internet appears to be waning in interest among ICTD researchers, despite its earlier status as the focal point of ICTD work and ongoing interest outside the academic community. For example, the government of India is set to roll out 100,000 government supported telecenters, yet formal studies of the economic sustainability and socioeconomic impact of telecenters have found them wanting. Indeed, none of the articles here considers the telecenter as a locus of innovation. In its place, the authors pay increased attention to innovations involving wireless technology, mobile phones, and digital video, where the PC often lurks in the background."

Il faut qu'on reste attentif à la fois à ces tendances et aux réalités de terrain pour faire des bons choix d'orientation pour la thèse. Peut-être il serait le cas d'essayer de concentrer les efforts sur des applications basées sur le téléphone mobile. A prendre en compte dans la suite...

21 juil. 2008

Réunion avec BB

Avec : Bernard Bachelier, tuteur professionnel pour la thèse
Quand : le 21 juillet 2008, de 16h à 17h
Où : FARM, Paris
Objet : point d’avancement de la thèse

Face à l’effort supplémentaire de lecture proposé par le directeur de thèse, Bernard me suggère de faire, pour chaque bouquin lu, des fiches d’un page résumant les idées majeures, les éléments essentiels par rapport au travail de la thèse. Il ne s’agit pas d’un résumé : ce travail ne se veut pas exhaustif par rapport au contenu du livre. Il s’agit plutôt d’un effort d’explication de l’intérêt du livre, mettant en avance son message fondamental en rapport avec le travail de la thèse. Encore pour la lecture, Bernard suggère de la discipline : des créneaux horaires précis à respecter. Je vais essayer la division de chaque journée, le matin pour les lectures et l’après-midi pour faire avancer les autres dossiers (actuellement, surtout pour produire les documents de valorisation de l’expérience de la mission en Afrique de l’Ouest, mais aussi la mise à jour du site, etc).

Pour le comité de pilotage de la thèse Bernard suggère qu’il soit virtuel (en pratique on n’arrive pas a faire fonctionner un comité réel en raison de la difficulté de concilier les disponibilités des participants). Le comité de pilotage virtuel serait composé idéalement par des personnes du monde académique et du monde professionnel, et pour ce dernier, aussi bien du domaine public que du privé. Des contacts avec le FIDA et le CTA seront lancé dans les jours qui viennent.

8 juil. 2008

Réunion avec CM

Avec : Claude Meyer, directeur de thèse
Quand : le 07 juillet 2008, de 12h15 à 13h15
Où : bistrot Au Père Tranquille, Les Halles, Paris
Objet : point sur le voyage en Afrique de l’Ouest et orientation méthodologique

Basé sur les constats, d’un côté, de manque de conditions pour l’utilisation d’internet de façon généralisée par les organisations paysannes (OP) africaines et, de l’autre côté, de l’importance d’une bonne structuration préalable des OP pour que les systèmes d’information puissent être utilisés de façon efficace, voici quelques commentaires et suggestions faits par le directeur de thèse:
  • Il est préférable de se concentrer sur un cas d’étude et bien l’approfondir, au lieu de rester à une analyse superficielle de plusieurs cas ;
  • Un des grands points de la réflexion doit être la possibilité d’inférences, de généralisation des conclusions à d’autres contextes ;
  • Il faut faire le bilan de ce qu’on sait dans le domaine : une étude bibliographique approfondie n’a pas encore été faite, or elle est fondamentale pour assurer la légitimité académique du travail de recherche ;
  • L’approche de la recherche-action peut s’avérer constructive dans notre cas, où on veut rester proche du terrain et où probablement il sera nécessaire de suivre une expérience dès son début. Monsieur Meyer va nous envoyer des références bibliographiques sur la méthodologie de la recherche-action et aussi sur l’objectivation de la connaissance, fondamentale dans cette approche ;
  • Sur l’utilisation de la radio en Afrique, Monsieur Meyer suggère le contact avec Alain KIYINDOU, président du conseil d’administration de la société française des sciences de l’information et de la communication (www.sfsic.org), qui a une grande expérience dans le domaine. Un rendez-vous serait envisageable pour recueillir des pistes sur le sujet ;
  • Monsieur Meyer ne croit pas qu’il ait une tendance de généralisation de l’utilisation d’internet en Afrique, au moins pas selon le modèle d’utilisation qu’on en fait généralement dans les pays développés ;
  • Monsieur Meyer va également me passer les coordonnées d’un autre doctorant sur sa direction, pour des échanges et réflexion sur des opportunités de travail commun.

17 avr. 2008

Réunion avec CM

Avec: Claude Meyer, directeur de thèse
Quand : le 10 avril 2008, de 15h15 à 16h15
Où : à la Gare d'Austerlitz, Paris
Objet : discussion sur l’état de la recherche théorique, bibliographie, contacts en Afrique et chronogramme

Commentaires et suggestions :
  • Bonne vision de la notion de culture ; encore insuffisante par rapport à la notion de communication ;
  • Concentrer les efforts de lecture sur des expériences de terrain ;
  • Evaluer la possibilité de travail comparatif (principalement entre expériences dans des états d’évolutions différents d’utilisation des systèmes d’information) ;
  • Pas d’objection par rapport à la possibilité de terrain au Ghana, mais, dans le cas d’un travail comparatif, faire attention aux différences culturelles par rapport aux pays francophones ;
  • Dans tous les cas (travail comparatif ou pas) penser à l’adaptation des conclusions pour qu’elles soient applicables dans d’autres pays ;
  • Par rapport au chronogramme, il est souhaitable de commencer la rédaction du premier jet encore sur le terrain.

6 avr. 2008

Hypothèses de base

Les hypothèses de base pour la thèse sont :
  • les agriculteurs en question ont accès à au moins un type de moyen de communication permettant l’échange de connaissances : l’Internet, le téléphone portable ou la radio ;
  • Internet, tant que moyen de communication, modifie substantiellement les possibilités d’appropriation, par les usagers, des informations diffusées et/ou échangées ;

Problématique de la thèse

L’idée de la thèse est d’étudier les conditions de réussite d’un système d’information agricole, en termes d’adaptation culturelle et cognitive à la réalité du terrain.

Trois points principaux caractérisent l’encadrement de sa problématique :

  • Modèle de communication : échange de connaissances. En opposition au modèle de diffusion d’informations, où l’objectif est d’atteindre un grand nombre de récepteurs à partir d’un nombre limité de sources émettrices, le modèle à être étudié dans la thèse est celui de l’échange de connaissances. On s’intéresse à l’interaction effective entre les parties impliquées dans la communication et, plus particulièrement, à l’étude d’un environnement qui appelle à une participation active des agriculteurs et de leurs organisations professionnelles, pas seulement comme utilisateurs finaux, mais comme sources et relais des informations échangées.
  • Technologie de support : plateforme sur Internet avec extension par des téléphones portables. Le support technologique envisagé pour la communication doit tenir compte des limites actuelles de l’infrastructure de communication dans les zones rurales des PED, sans pour autant ignorer la tendance de généralisation de l’accès aux technologies les plus avancées. D’un côté, la grande pénétration des téléphones portables dans les zones en question confirme cet outil comme un relais important pour que la communication soit effective à court terme. De l’autre côté, Internet sera de plus en plus accessible dans les zones rurales des PED, ce qui indique l’importance de réfléchir dès maintenant à l’appropriation d’un tel outil par les paysans.
  • Approche de l’étude : culturelle et cognitive. L’idée est d’étudier les différences cognitives et culturelles entre les diverses parties prenantes et l’impact que ces différences peuvent avoir sur l’efficacité du processus de communication. Parmi les principaux aspects à être considérés, on compte : les niveaux de formation, les langues, les schémas de structuration du raisonnement, les traditions, l’age, …

L’objet de la thèse est donc la question de l’appropriation des informations diffusées dans des systèmes d'échange virtuel de connaissances professionnelles agricoles. La thèse étudiera cette question pour un système d’information particulier (à identifier). Ensuite, une analyse plus générale essayera de vérifier si les conclusions sont généralisables, et selon quelle méthode, aux autres PED.

Fondamentalement, la problématique scientifique est : quelle est la configuration sociologique et cognitive de la mise en œuvre d’un système d’échange d’informations et de connaissances professionnelles qui le rendrait efficace face aux contraintes et spécificités du contexte agricole des PED ?

Résumé / Abstract / Resumo

Français: Résumé du projet de thèse

Le sujet de la thèse est l’appropriation, par des agriculteurs des pays en développement, de technologies de mise en commun de connaissances professionnelles. L’approche envisagée est culturelle, sociologique et cognitive, et un cas concret servira de base pour la recherche (à définir). L’objectif est l’identification et la caractérisation des fondements assurant l’efficacité d’un système d’échange de connaissances professionnelles agricoles au Sud.
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English: Abstract of the PhD project

The subject of the PhD is the appropriation, by farmers in developing countries, of knowledge sharing technologies. We chose a cultural, sociological and cognitive approach, and a real case (still to be identified) will be the backbone of the research. The objective is the identification and characterization of the background (in terms of cultural and social adaptability) assuring effectiveness for a professional agricultural knowledge exchange system in developing countries.
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Português: Resumo do projeto de tese

O tema da tese é a apropriação, pelos agricultores de países em desenvolvimento, de tecnologias que permitam o compartilhamento de conhecimentos profissionais. A abordagem escolhida é cultural, sociológica e cognitiva, e um caso real (ainda a ser identificado) deve servir de base para a reflexão. O objetivo é a identificação e a caracterização dos fundamentos (em termos culturais e sociais) de um sistema de compartilhamento de conhecimentos profissionais agrícolas para que ele seja eficaz na realidade dos países em desenvolvimento.