Français: Blog sur la thèse de doctorat d'Eric Pasquati, dont le thème est l'appropriation des technologies de l'information et de la communication (TIC) par des agriculteurs ouest-africains.

English: Eric Pasquati's PhD concerning the appropriation of ICT by farmers in West Africa. Please, fell free to leave your comments in English.

Português: Tese de doutorado de Eric Pasquati sobre a apropriação das tecnologias da informação e da comunicação (TIC) pelos agricultores da
África do Oeste. Será um prazer discutir também em Português sobre o tema.

Español: Tesis de doctorado de Eric Pasquati sobre la
apropiación de las tecnologías de información y de la comunicación (TIC) por los agricultores del África de l'Oeste. Sientan la libertad de dejar también sus comentarios en español.

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22 mai 2009

suggestions d'un jury de thèse

Le 18 mai 2009, j'ai été à la soutenance de thèse de Susana Bleil à propos des Sans Terre au Sud du Brésil. Indépendamment de l'écart entre le sujet de cette thèse et celui de la mienne, quelques commentaires du jury m'ont semblé particulièrement pertinents, les voici:

sur le fond:
  • ne pas se cantonner à l'objet d'étude: comparer, mettre en relation, contextualiser, prendre de la distance
  • bien intégrer le théorique, le descriptif et l'analyse
  • réflechir aux conditions socioculturels d'engagement/desengagement aux intitutions locales
  • décrire l'hierarchie (et les rapports de pouvoir) dans ses expressions quotidiennes, dans la réalité concrète de la vie sociale
  • le plus fondamental en ce qui concerne les entretiens serait de "prendre au sérieux les choses qui sont importantes pour la personne devant toi"

sur la forme:
  • faire référence seulement aux textes qui effectivement a été utilisé dans la construction du raisonnement (des "références oubligées" qui ne sont pas vraiement utilisées finnissent par alourdir le texte sans nécessité)
  • pour faciliter la lecture, penser à utiliser pertinnement des images (aussi des cartes) et des encadrés

Félicitation à Susana par son succès dans sa thèse!

Article – Long, Villareal, 1999 - Savoir et Pouvoir

Auteur : Norman LONG & Magdalena VILLAREAL
Titre : L'enchevêtrement du savoir et du pouvoir dans les interfaces du développement
dans: "La reconnaissance du savoir rural: savoir de populations, recherche agricole et vulgarisation", sous la direction de Ian Scoones et John Thompson
Maison d’édition : Karthala et CTA
Année : 1999
Mots clés : savoir, pouvoir, développement rural


Voici quelques bribes des idées que Long et Villareal développent dans cet article. Une fois qu'ils traitent de la question de la construction du savoir la reliant à des aspects sociaux, parmi lesquels des rapport de pouvoir, cet article me semble particulièrement important pour ma thèse! J'ai essayé d'appuyer mes descriptions des idées avec des citations du texte.

  • le savoir se construit sur du savoir existant, et sa construction dépend de l'expérience socioculturelle des acteurs
"le traitement et l'absorption de nouveaux éléments d'information et de nouveaux cadres discursifs et cognitifs ne sont possibles qu'en se fondant sur des réseaux de savoir et des modes d'évaluation existants, qui sont à leur tour restructurés en passant par le canal de la communication. (...) le savoir repose sur l'accumulation de l'expérience sociale, des engagements et du caractère culturellement déterminé des acteurs concernés." (p.75)

  • des éléments présents dans le processus de construction ("création/diffusion") du savoir (p.75):
  1. "stratégies et faculté des acteurs à se fonder sur des répertoires de savoir existants et à absorber de nouvelles informations";
  2. "processus de validation par lesquels l'information nouvellement introduite et les sources dont elle émane sont jugés acceptables et utiles ou sont réfutées";
  3. "diverses transactions impliquant l'échange de matériel spécifique et d'avantages symboliques".

  • la construction du savoir dépend d'aspects sociaux et notamment des rapports de pouvoir entre les acteurs
"(…) la naissance et l'utilisation du savoir ne relèvent pas simplement de la notion de maîtrise, de l'efficacité technique ou de l'herméneutique (c'est-à-dire de la médiation de la compréhension d'autrui par un interprétation théorique de la nôtre), mais impliquent des éléments de contrôle, d'autorité et de pouvoir enchâssés dans les relations sociales. C'est pourquoi des dissonances notables sont probables entre les différentes catégories d'acteurs impliqués dans la production, la diffusion et l'utilisation du savoir. (…) les clivages sociaux importants ne coïncident pas parfaitement avec la distinction opérée entre les 'producteurs', les 'diffuseurs' et les 'utilisateurs' de savoir (Richards, 1985; Box, 1987; Rhoades et Bebbington, 1988)." (p.75)

  • la base d'interaction entre les acteurs est la discontinuité et non le lien… La signification est transformée et non pas transférée…
"(...) tant que nous conceptualiserons la création/diffusion du savoir en termes de liaison ou de transfert, sans prêter suffisamment d'attention à l'intervention de l'homme et à la transformation du sens au point d'intersection entre les mondes-vies des divers acteurs et sans analyser les interactions sociales en jeu, nous ne saisirons pas les sens même du savoir. C'est pourquoi nous proposons d'adopter comme fil conducteur la discontinuité et la transformation et non le lien et le transfert de la signification." (p.76)

  • il ne faut pas penser la différence de façon dichotomique (les acteurs extérieurs d'un côté et les locaux d'un autre) car le "groupe" des locaux n'est pas homogène. Il serait impossible de créer un système d'échange fructueux sans limiter l'adaptabilité aux changements et la capacité d'innovation des acteurs locaux… (…?...)
"(…) il n'est pas seulement improbable que différentes parties (agriculteurs, vulgarisateurs et chercheurs) partagent les mêmes priorités et paramètres cognitifs; on doit également s'attendre à une différenciation interne des communautés 'épistémiques' (c'est-à-dire celles qui ont en commun des sources et modes de savoir similaires) sur la base de leurs répertoires de savoir et de l'application qu'elles en font. C'est pourquoi la création des conditions favorisant l'émergence d'un système d'acquisition du savoir (impliquant des échanges mutuellement avantageux et des flux d'information entre différents acteurs) semble irréalisable; et pour autant que quelqu'un y parvienne, ce serait aux dépens de l'innovation et de l'adaptabilité au changement, toutes deux étant davantage tributaires de la diversité et de la fluidité du savoir que de l'intégration et de la systématisation." (p.76)

"Les processus d'acquisition du savoir (…) sont tout aussi à même de refléter et de nourrir les conflits existant entre les groupes sociaux que de conduire à l'élaboration de perceptions et d'intérêts communs. Et, pour autant qu'il s'agisse de l'état normal des choses, il devient alors irréaliste d'imaginer pouvoir 'gentiment' orienter les systèmes d'acquisition du savoir vers des modes d'intégration et de coordination meilleurs." (p.84)

  • L'intérêt est d'étudier les interfaces entre les divers mondes-vies et de comprendre l'origine des discontinuités caractéristiques de ces interfaces
"L'étude de ces interfaces s'attache donc essentiellement à analyser les discontinuités de la vie sociale. De telles discontinuités se caractérisent par des divergences en termes de valeurs, d'intérêts de savoir et de pouvoir. Les interfaces se produisent habituellement aux confluents de mondes-vies et de sphères sociales différents et souvent conflictuels." (p.77)

  • Plus que comprendre les différences de pouvoir et les conflits, il faut aussi comprendre la dynamique d'adaptation qui permet aux différents acteurs d'interagir
Les interactions entres les différents acteurs "doivent être analysées en tant que composantes des processus continus de négociation, d'adaptation et de transfert de sens qui s'élaborent entre les acteurs concernés." (p.77)

"L'analyse des interfaces, (...) implique non seulement la compréhension des conflits et des différences de pouvoir qui prévalent entre les parties concernées, mais également une tentative visant à mettre au jour la dynamique d'adaptation culturelle qui permet aux différentes visions du monde d'interagir." (pp.77)

  • il y une différence cognitive certaine entre les agriculteurs, les vulgarisateurs et les chercheurs:
"En prenant l'exemple de la culture de manioc en République Dominicaine, Box (1989) démontre en quoi les mondes-vies des chercheurs, des vulgarisateurs et des agriculteurs sont en partie hermétiques l'un pour l'autre. Il conclut:
'Les réseaux cognitifs sont très segmentés (…) ils séparent les communautés. (…) Les mondes-vies des participants, ou leurs systèmes de valeurs, leurs règles et leurs intérêts, sont si différents qu'ils ne permettent ni communication ni interaction entre les parties.' " (p.80)

  • des fonctionnements des réseaux de connaissances
"Comme l'ont révélé de précédentes études sur les réseaux de communication (notamment Allen et Cohen, 1969; Long, 1972; Long et Roberts, 1984), certains individus ou groupes deviennent souvent les éléments sociométriques incontournables d'un réseau défini de rapports sociaux ainsi que les points de jonction avec des sphères plus vastes. C'est-à-dire qu'ils font office de 'gardiens' ou d''intermédiaires' au service de réseaux et de sphères sociales structurellement plus éloignés." (p.81)

"(...) la diffusion efficace d'idées et d'informations au sein d'un réseau d'individus repose sur l'existence de ce que Granovetter (1983) nomme les 'liens superficiels', 'qui rapprochent les segments divergents des réseaux qui, sans cela, seraient isolés les uns des autres' (Milardo, 1988)." (p.81)

"(…) D'autre part, afin de pouvoir agir sur l'information, il est généralement nécessaire que les individus s'assurent le soutien d'autrui. Ceci suppose un consensus normatif minimum et, dans certains cas, la faculté d'établir des règles et de les faire respecter par les membres (Moore, 1973). Cette capacité présuppose l'existence d'un réseau social relativement dense qui, paradoxalement, pourrait également constituer un obstacle à l'assimilation de nouvelles informations et à l'adaptation rapide au changement de circonstances (Long, 1984)." (p.81)

  • l'agriculteur vu comme un stratège, participant à la maitrise humaine qui se manifeste à travers les relations sociales
"L'agriculteur a alors pour tâche de sélectionner et de coordonner les engagements normatifs et sociaux les plus appropriés en vue d'organiser les processus de production et de reproduction agricoles. Les décisions qu'il prend sont bien entendu fondées sur des préférences en termes de valeur ainsi que sur le savoir, les ressources et les relations disponibles. Dans cette optique, l'agriculteur est perçu comme un stratège actif qui aborde les situations, traite l'information et en rapproche les éléments requis pour faire fonctionner l'exploitation." (p.82)

"La notion d'acteur social est indissociable du concept de maitrise humaine, qui confère à l'acteur (individu ou groupe social) la capacité de tirer parti de l'expérience sociale et de concevoir des moyens pour s'en sortir dans la vie, même sous les conditions coercitives les plus extrêmes. Il importe néanmoins de souligner que la 'maîtrise' n'est pas simplement un attribut propre à l'acteur individuel. Elle se compose de relations sociales et ne peut devenir effective que par leur entremise." (p.82)

  • Le pouvoir et édification sociale du savoir...
Le savoir "naît de processus d'interaction sociale et, (...) est essentiellement le produit d'une rencontre d'horizons. Par conséquent, à l'instar du pouvoir, le savoir doit être envisagé de façon relationnelle et ne doit pas être perçu comme un bien. Le fait qu'un individu détienne du savoir ou du pouvoir ne signifie pas que d'autres n'en possèdent pas. Un modèle neutre s'avère donc inopportun. Néanmoins, tant le savoir que le pouvoir peuvent se trouver réifiés dans la vie sociale: c'est-à-dire qu'ils sont conçus en tant qu'objets matériels réels possédés par des agents et considérés comme 'acquis" incontestés." (p.84)

  • ...l'intérêt est d'étudier quels modèles prévalent et à quelles conditions
"(…) si nous admettons que nous avons affaire à des 'réalités multiples', à des intérêts sociaux et normatifs potentiellement conflictuels ainsi que à des conglomérats de savoir pluriels et fragmentés, il nous faut alors étudier de près quels interprétations ou modèles (à savoir ceux des agronomes, des hommes politiques, des agriculteurs ou de vulgarisateurs) prévalent sur ceux d'autres acteurs et dans quelles conditions. Les processus d'acquisition du savoir s'imbriquent dans des processus sociaux supposant pouvoir, autorité et légitimation." (p.84-85)

  • le pouvoir tant qu'expréssion des marges de manœuvre sociales
"L'analyse des processus du pouvoir ne doit donc pas se limiter à comprendre comment les contraintes sociales et l'accès aux ressources modèlent l'action sociale. Elle ne doit pas non plus conduire à une description de catégories hiérarchiques rigides et d'idéologies dominantes qui 'oppriment les victimes passives'. Au lieu de compatir idéologiquement à la malchance de ces victimes, il vaut mieux examiner dans quelle mesure certains acteurs spécifiques se sentent capables d'agir au sien de contextes ou de réseaux donnés et d'élaborer de stratégies à cet effet. Il ne s'agit pas ici de reconnaître le peu de place souvent accordé à l'initiative individuelle, mais plutôt de voir comment les acteurs se définissent et s'attribuent une marge de manœuvre pour prendre en compte leurs intérêts personnels et faire place au changement (Long, 1984)." (p.85)

"Promouvoir cette marge de manœuvre suppose un certain degré de négociation et de pouvoir, pas nécessairement un pouvoir économique ou politique, mais la possibilité de jouir d'une autorité, de prérogatives et de capacités d'action, sur le devant de la scène ou dans les coulisses, de façon éphémère ou à plus long terme (Villareal, 1992). Aussi, le pouvoir est-il fluctuant et, s'il est difficile, voir inutile, de le mesurer, il importe d'en faire une description plus précise. Ce qui fait la différence ce n'est pas tant le degré de pouvoir en jeu, mais la possibilité qu'il offre de surpasser les autres et d'en tirer profit. Le pouvoir suppose toujours luttes, négociations et compromis. Même ceux qui appartiennent à la catégorie des 'opprimés' ne sont pas des victimes passives à cent pour cent et peuvent s'engager dans une résistance active." (p.85)

"(…) les 'puissants' ne contrôlent pas totalement la situation et il ne faut pas négliger le fait que, dans une certaine mesure, ce sont les 'impuissants' qui forgent le pouvoir des premiers. Comme Scott (1985) le souligne, il est préférable de parler de résistance, d'adaptation et de complaisance stratégique. Bien que la résistance soit rarement une entreprise collective manifeste, des actes individuels de défis menés habillement, conjugués à une opposition et une mobilisation voilées, servent néanmoins à détourner les stratégies potentiellement coercitives ou opprimantes d'autres individus. Ainsi, le compromis et la complaisance stratégique, cachant parfois des actes de défi, se transforment en composantes de la vie sociale quotidienne (Scott, 1985)." (p.85)

  • La rhétorique et le dilemme de la "responsabilisation" : ici les auteurs développent une critique intéressante sur les approches participatives, se basant sur la possibilité de manipulation et en général sur l'impossibilité d'objectivité dans le processus vu les origines différentes des acteurs

"L'exposé de Kronenburg [(1986) examinant l'interaction entre les processus émancipateurs et manipulateurs dans un programme d'enseignement pratique au Kenya] décrit la nature complexe du pouvoir inhérent aux relations prévalant entre les praticiens du développement et leur 'partenaires' locaux dans le cadre de projets participatifs. Il révèle en outre comment les engagements sociaux extérieurs s'immiscent dans cette sphère et influencent le résultat des activités participatives. Aussi cette étude étaye-t-elle l'argument exposé précédemment selon lequel les processus sociaux (et notamment les interventions prétendument 'planifiées') sont très complexes et ne peuvent être aisément manipulés en recourant à des sources externes de pouvoir et d'autorité." (p.87)

Alors, je n'ai pas besoins de vous dire qu'on aura des citations de cet article dans ma thèse! :-)

15 mai 2009

Bill Cooke - limites psychologiques des méthodes participatives

Bill Cooke a organisé en 2001 un ouvrage avec Uma Kothari appelé "Participation: the new tyranny?" critiquant la mode d'application de méthodes participatives dans le domaine du développement. Le 7ème chapitre de ce livre, écrit par Bill Cooke lui-même, est dédié à la description de 4 risques des méthodes participatives liés au travail de prise de decision en groupe, et expliqués par la psychologie sociale. Le raisonnement de Bill Cooke dans ce chapitre me semble particulièrement intéressant pour susciter chez les praticiens et les chercheurs des précautions par rapport à l'application de méthodes participatives, mais ces risques ne mettent pas en question, à mon avis, l'intérêt de telles méthodes, surtout quand on considère l'importance de la participation pour l'appropriation des processus de développement par les agents locaux.

Les 4 risques décrits par Bill Cooke sont:

le "risky shift": le fait que les décisions prises en groupe on tendance à être plus risquées que celles prises individuellement. Plusieurs raisons sont avancées selon le contexte. Aux EUA, par exemple, la prise de risque est valorisée socialement et donc les personnes dans une discussion en groupe auraient tendance à vouloir se montrer plus propices à la prise de risque que elles les sont en vérité. Une autre raison que me semble plus général et que probablement joue un rôle dans la majorité des cas, indépendamment de l'origine des participants, est le fait que dans des décisions prises en groupe la responsabilisation des acteurs individuels peut sembler diminuée, en autres termes, les individus peuvent se sentir moins responsables par la décision prise en groupe et donc se sentir, chacun à son tour moins préoccupé avec les risques de la décision, ce qui donne comme résultat général la prise d'une décision plus risquée.

le "paradoxe d'Abilene": le fait que, d'après des intentions individuelles de correspondre à une volonté supposée du groupe, les décisions prises en groupe peuvent être à l'opposé des volontés individuelles. La volonté tout à fait légitime des membres d'un groupe à arriver à un consensus peut donner lieu à un effet indésirable: par un manque de compréhension mutuelle, chaque individu exprime un avis contraire à son opinion personnelle en voulant plaire à ses compagnons. La contagion mentale de cet état d'esprit peut aboutir à une décision qui finalement n'était soutenu véritablement par aucun des membres du groupe!

le "groupthink": l'attachement ferme du groupe à des idées ou des schémas mentaux spécifiques peut engendrer un manque de fléxibilité et d'ouverture qui les améne à rejetter, à partir d'une réaction emotionnelle, toute idée contraire à celles établies. Lorsque ce niveau d'attachement et d'identification idéologique est atteint dans un groupe, même des critiques venant des membres du propre groupe seront fermement rejetées, à un tel point que les membres se sentiront de moins en moins à l'aise pour présenter ouvertement des nouvelles critiques.

la "persuasion coercitive": le fait que l'art de la rhétorique peut être utilisé pour manipuler le groupe dans la prise de décision. Ainsi l'individu le plus communicatif et éloquent peut dominer la discussion et finalement faire passer ses idées comme celles portant la légitimité du choix collectif. Dans les projets de développement, cela nous ramène à la diversité des acteurs, en particulier les différences formelles et cognitives entre acteurs locaux et extérieurs: même sans le vouloir et indépendamment du niveau d'effort qu'il fasse pour minimiser son influence dans la prise de décision, l'animateur d'un groupe de discussion joue un rôle fondamental dans la conduction des échanges et la construction des décisions.

Ce sont certainement des points intéressants à prendre en compte dans tout travail en groupe,et particulièrement dans les méthodes participatives appliquées aux projets de développement. Je garde toutefois l'impression que ces réserves ne nient pas l'intérêt des méthodes participatives; elles montrent simplement qu'elle ne doivent pas être appliquées de façon naïve.

20 août 2008

Article - Alex Mucchielli - Pour des recherches en communication

Auteur : Alex Mucchielli
Titre : Pour des recherches en communication
Dans: la revue Communication et Organisation, numéro 10
Maison d’édition : GREC/O
Année : 1996 (deuxième semestre)
Mots clés : conseil

L'auteur donne quelques conseils aux jeunes chercheurs des sciences de l'information et de la communication. Ceux qui m'ont plus attiré l'attention sont:

  • la nécessité de choisir entre le modèle hypothético-déductif (orienté par des hypothèses dans une théorie de référence) et le modèle empirico-inductif (basé sur la structuration et l'évolution d'une problématique).

"Dans le cas d'une recherche hypothético-déductive, l'analyse préalable, la formulation du contexte et des considérants de la recherche permettent la formulation d'une hypothèse précise dans un cadre théorique explicité. Le recueil de données est alors largement orienté par l'ensemble des considérants, la théorie de référence et l'hypothèse. Dans le cas d'une recherche empirico-inductive, on se trouve dans une autre logique de recherche: dans une logique dite 'de la découverte', dans une démarche de construction progressive d'éléments d'une connaissance." (pp 88-89)


Si j'ai bien compris – et il serait important d'avoir l'avis du directeur de thèse à ce propos –, en SIC[1], lorsqu'on travail avec une problématique on ne devrait pas avancer des hypothèses. Ces dernières étant liées forcement à une théorie, elles devraient être avancées seulement quand la recherche a pour but de valider ou invalider la relation entre une théorie donnée et les phénomènes étudiés.

  • dans le cas d'une recherche empirico-inductive (et donc basé sur une problématique), il faut prendre conscience du point de vue de référence du chercheur pour éviter des présupposés épistémologiques, théoriques ou idéologiques dans la formulation de la problématique. Cette prise de conscience se fait par une analyse critique de la problématique initiale[2] – ce qui doit encore être fait pour notre thèse. Basé sur ce travail initial, le chercheur doit être capable également de proposer une méthodologie spécifique pour son travail, et si possible "innovante par rapport aux habituelles et sempiternelles interviews non directives et analyses de contenus que l'on trouve partout" (p 95). Il faut donc connaître les techniques, en particulier les qualitatives[3], et ses potentialités pour les sélectionner avec pertinence.

  • de toute façon, pour savoir si on va travailler dans le cadre d'une théorie fondamentale, il faudrait connaître les théories de référence en SIC: le systémisme – ou interactionnisme – et le constructivisme, appartenant au paradigme de la complexité.

  • enfin, une phrase à garder en tête: "ce qui intéresse le chercheur en sciences de la communication c'est avant tout le 'comment' et non le 'pourquoi'" (p 88)

On a donc à faire:
  • clarifier le positionnement épistémologique pour la thèse: hypothético-déductif ou empirico-inductif? Je dirais plutôt le deuxième, mais faut-il donc abandonner l'idée d'avancer des hypothèses?
  • examiner de façon critique la problématique pour éviter des présupposés théoriques, épistémologiques ou idéologiques
  • s'introduire aux théories de référence en SIC, comme le systémisme et le constructivisme
  • étudier les divers méthodes (outils et techniques) qualitatives

Voici les conseils proprement dits de l'auteur, ainsi que quelques commentaires:

Clarifier les concepts utilisés: éviter l'utilisation de mots complexes lorsque des concepts classiques existent pour désigner le phénomène en question. Si un concept prête à confusion, préciser l'acception dans laquelle il est utilisé, et l'auteur qui sert de référence.

Clarifier le contexte de la recherche et le présenter synthétiquement au lecteur: dans le travail final, faire une synthèse du déjà connu d'essentiel sur la question et qui touche le problème traité dans la thèse.

Savoir travailler avec des hypothèses (modèle hypothético-déductif de recherche): une hypothèse se pose dans le cadre d'une théorie. On postule que le phénomène étudié est en relation avec la théorie en question; l'hypothèse sera donc le point de départ pour vérifier la validité de cette relation, et orientera fortement la recherche.

Savoir travailler avec des questions et élaborer une problématique (modèle empirico-inductif de recherche): "un questionnement (ou une problématique) prometteur doit s'appuyer sur une bonne pré-connaissance des problèmes concrets du terrain" (p 90). La réflexion préalable engendra une série de questions qui structureront la problématique sous forme d'une question principale. Cette dernière doit être examinée de façon critique[4]. L'analyse de la question originale doit permettre l'identification de préjugés ou positionnements idéologiques qui risqueraient de biaiser la recherche. Ce travail de déconstruction de la problématique a pour but de la rendre structurée et scientifiquement valide.
Mais elle n'est jamais définitive: la problématique évolue au cours de la recherche, selon que des nouveaux phénomènes ou une compréhension nouvelle apparaissent. Ces derniers doivent être intégrés[5] à la problématique.

Dépasser les problématiques linéaires: faire attention pour ne pas tomber dans des pièges simplificateurs basés sur la causalité linéaire. Le piège du "technologisme" postule que la technique est la principale cause de tous les changements à divers niveaux. Le piège du cadrage court ou inapproprié réduit le centre d'intérêt à des acteurs ou des phénomènes qui ne peuvent expliquer que partiellement la question étudiée. Il faut donc éviter le modèle de la causalité linéaire, préférant le modèle systémique, "porteur (…) de la causalité circulaire (rétroaction des causes et des effets dans un système)" (p 107).

Poser les problématiques dans les termes des sciences de l'information et de la communication, et donc, la nécessité d'être à l'aise avec ces termes.

Préciser si l'on travaille avec une problématique ou avec une hypothèse dans une théorie de référence: il faut préciser au lecteur si la recherche se base sur une problématique ou si elle fait référence à une théorie précise, et dans ce dernier cas, il faut expliciter cette théorie.

Afficher clairement la problématique de la recherche: la problématique doit être reflétée directement dans le titre du travail.

Trouver une méthodologie appropriée à sa recherche: basé sur une bonne connaissance des potentialités des diverses méthodes ("mise en œuvre d'une succession d'outils et techniques"), choisir pertinemment une méthode et la justifier explicitement dans le rapport final.

Utiliser de préférence les méthodes qualitatives: l'idée de la recherche en communication est d'expliciter le jeu d'interactions au sein d'un phénomène, et, comme "les phénomènes de communication étudiés ne sont pas en général directement visibles à travers des instruments de mesure" (p 104), il faut utiliser des méthodes plus appropriées que les quantitatives. "(…) une méthode qualitative est une succession d'opérations et de manipulations intellectuelles[6] et techniques[7] qu'un chercheur fait subir à un phénomène pour faire surgir les significations (…) le sens qui n'est jamais un donné immédiat, qui est toujours implicite" (p 105).

Apporter une réponse à la problématique de recherche annoncée: faire évoluer la problématique au cours de la recherche et, à la fin, répondre à la problématique mise à jour.

Trouver le bon cadrage: surtout dans la préoccupation d'éviter une vision simplificatrice, basée sur une logique de causalité linéaire.

Se montrer soucieux des retombées méthodologiques, théoriques, sociétales ou pratiques des découvertes de sa recherche: connecter explicitement les résultats de la recherche à des conséquences dans les domaines théorique, méthodologique et pratique. Les résultats valident ou invalident un principe théorique? Peut-on conclure de l'utilité d'une telle ou telle méthode? Peut-on suggérer des adaptations de techniques dans un contexte donné? Et finalement, l'importance de connecter la recherche à l'application concrète.
__________

[1] Sciences de l'information et de la communication

[2] voir plus bas le conseil "Savoir travailler avec des questions et élaborer une problématique"

[3] Ici, l'auteur suggère le Dictionnaire des méthodes qualitatives, sous sa direction, dans les éditions Armand Colin, 1996

[4] Y a-t-il, derrière la question, un postulat caché? Si oui, quel est-il? Est-il d'ordre épistémologique ou théorique? Si oui, peut-on s'en détacher et poser une autre question non implicitement orientée par ce postulat? Si non, est-ce que cette question n'est pas la reformulation d'une question classique d'un autre domaine? Qu'est-ce qu'apportera de nouveau la réponse à cette question? Quelle sera l'utilité théorique et sociale de la réponse à cette question? A-t-on des chances de traiter cette question dans une approche relevant des sciences de la communication? Si oui, à quelles conditions?

[5] "Analyse par théorisation ancrée" de Pierre Paillé: un cycle où la problématique oriente la collecte de données, leur codification, catégorisation et mise en relation mettront en évidence des nouveaux phénomènes et connaissances, qui sont intégrés à la problématique, la modifiant.

[6] "des dénominations, des transpositions de termes en d'autres termes, des regroupements intuitifs de données, de confrontation à des savoirs, des inductions généralisantes ou, à l'inverse, des réductions à des constats ou à des formes essentielles…" (p 105)

[7] "des transcriptions, des découpages de discours, des mise en tableau, des confrontations à des grilles, des substitutions systématiques de termes." (p 105)

6 août 2008

Article - Gilles Willett - Paradigme, Théorie, Modèle, Schéma

Auteur : Gilles Willett
Titre : Paradigme, Théorie, Modèle, Schéma: qu'est-ce donc?
Dans: la revue Communication et Organisation, numéro 10
Maison d’édition : GREC/O
Année : 1996 (deuxième semestre)
Mots clés : paradigme, théorie, modèle, schéma

Gilles Willett part de considérations de plusieurs auteurs sur les termes "paradigme", "théorie", "modèle" et "schéma" pour essayer de préciser leurs définitions et lever des ambigüités courantes, tout en soulignant qu'il n'a pas la prétention de clarifier complètement la question. Je commente ici les points qui me semblent les plus importants de son article.

Basé principalement sur la réflexion de Thomas Samuel Khun, l'auteur présente la notion de paradigme comme l'ensemble de "croyances, des mythes, des standards et des normes qui fondent le consensus dans un groupe de chercheurs et déterminent le choix des problèmes étudiés et des méthodes retenues pour trouver des solutions" (p. 56). Le paradigme n'est donc pas lié au domaine de recherche en soi. Il opère son influence dans le développement des connaissances plutôt par l'intermédiaire des chercheurs, modulant leur façon de traiter les problèmes. Le point qui me semble le plus intéressant est le caractère contradictoire de cette influence par rapport au développement de la connaissance. D'un côté le paradigme limite la vision du chercheur dans le sens qu'il empêche l'abordage des problèmes à partir de points de vue alternatifs. De l'autre côté, c'est grâce au paradigme – et au conséquent cadre de travail commun – que les chercheurs arrivent à coordonner leurs efforts dans un domaine donné. Il ne s'agit pas ici de se décider "pour ou contre" les paradigmes. Dans le cadre de la réflexion scientifique, je ne crois pas que nous ayons la possibilité de ce choix (nous ne pouvons pas éviter complètement l'influence des paradigmes). Il me semble néanmoins important d'être conscient de cette influence pour gagner en marge de manœuvre et minimiser ses effets potentiellement négatifs. Très concrètement, et par rapport à l'exemple donné, cela reviendrait à faire un effort systématique d'être vigilant pour prendre en compte d'autres points de vue dans l'analyse des problèmes étudiés.

Selon Willett, la théorie est "une construction de l'esprit élaborée suite à des observations systématiques de quelques aspects de la réalité" (p. 58). Ces observations sont rigoureuses et permettent la validation ou réfutation d'hypothèses formulées préalablement. Citant indirectement Littlejohn*, l'auteur dit que "le but d'une théorie est de découvrir, de comprendre et de prédire les événements" (p. 57). Willett parle ensuite de deux paradigmes scientifiques: l'approche traditionnelle, d'un côté, et l'interprétative et critique, de l'autre. L'approche traditionnelle se base sur la conception hypothético-déductive de la recherche, comportant l'énoncé d'une problématique, la formulation d'hypothèses, leur vérification à travers l'observation et la mesure (supposant la définition et l'opérationnalisation de variables), et finalement l'énoncé de la théorie. Selon Willett, "cette perspective signifie que la meilleure façon de comprendre des phénomènes complexes c'est d'en faire une analyse fine des parties" (p. 60). L'approche interprétative et critique, de l'autre côté, considère que "le comportement humain n'a pas une structure statique singulière qui peut être découverte et représentée par une théorie" (p. 62), et qu'il ne serait donc pas possible de fragmenter ce comportement en des variables. "Puisque la réalité change et peut être représentée utilement de différentes manières, les analyses fondées sur cette approche portent sur l'observation et l'interprétation du monde symbolique qui oriente les comportements et les interrelations humaines" (p. 62). C'est la première fois que j'écoute parler de cette approche interprétative critique, et sa perspective holistique me semble particulièrement intéressante pour la recherche en communication et en particulier pour notre travail de thèse – l'avis et l'orientation du directeur de thèse sont anxieusement attendus sur cet aspect.

Un modèle est "une représentation systématique, simple et provisoire relative à des observations et de mesures" (p. 73). Il est une projection d'une théorie donnée, "une partie concrète de la théorie qui est directement en rapport avec un ensemble de comportements" (p. 64) ou de situations, ayant comme objectif de faciliter la représentation et l'interprétation de ces comportements et situations. L'auteur développe également les principes sur lesquels la production d'un modèle est fondée (objectivité, intelligibilité et rationalité), ses quatre fonctions (d'organisation, heuristique, de prédiction et de mesure), ainsi que les trois critères d'évaluation d'un modèle (exactitude, beauté et justice).

Enfin, Willett dit que le schéma est "un outil de traduction et de représentation logique d'aspects essentiels d'une réalité" (p. 77). L'auteur rappelle également que les schémas suscitent l'intérêt et l'attention, et qu'il facilite la compréhension et la mémorisation de contenus, ainsi que leurs comparaisons et analyses.

En vue de l'emploi récurrent des termes en question et de la précision de langage exigée dans un travail scientifique, il convient de les utiliser avec une attention spéciale lors de la rédaction de la thèse (et des plusieurs documents intermédiaires). Dans ce sens, on pourrait dire, par exemple, que les cartes conceptuelles utilisées pour illustrer les articles Notion de communication et Notion de culture humaine de ce blog, sont des schémas.

* Citant Littlejohn, Willett présente également dans l'article les neuf fonctions de la théorie (d'organisation et de synthèse, d'intérêt, de clarification, d'observation, de prédiction, heuristique, de communication, de contrôle, et de générativité) et les cinq critères d'évaluation d'une théorie (d'envergure, d'opportunité, de valeur heuristique, de validité et de simplicité).

29 juil. 2008

Article - Paul Stryckman - De la méthode

Auteur : Paul Stryckman
Titre : De la méthode
Dans: la revue Communication et Organisation, numéro 10
Maison d’édition : GREC/O
Année : 1996 (deuxième semestre)
Mots clés : méthode, méthodologie, protocole, techniques, norme, science

Encore sans vouloir faire un résumé de l'article en question, essayons de commenter quelques points qui m'ont attiré l'attention.

Selon l'auteur, la méthodologie est la réflexion sur la méthode. La méthode concerne aussi bien le chemin suivi dans une recherche (acception positive, descriptive), que le chemin à suivre (acception normative) – des règles qui valident une recherche.

Bien poser la question de départ… "(…) la question est clairement préalable à tout cheminement à suivre, c'est-à-dire antérieure à toute méthode." (p 31). Le questionnement (question de départ) doit être précis, et les termes fondamentaux utilisés dans sa description doivent être clarifiés.

Bien différencier méthode de technique… Les techniques sont des opérations pratiques de traitement de données. La méthodologie est la réflexion qui donne raison à l'enchainement de techniques dans un travail de recherche. Dans le cas de l'application d'un questionnaire, l'explication du choix des questions, des possibilités de réponses, de la façon par laquelle il a été appliqué font partie de la méthode; le moyen d'application en soi est la technique.

Conscientiser et garder des traces des choix effectués pendant la recherche… La méthodologie positive (celle qui "examine de façon critique le chemin suivi", p24), se fait peut-être plus facilement une fois la recherche accomplie. Mais il faut garder à l'esprit l'importance de noter les étapes suivies et les choix auxquels on a été confronté au fur et à mesure que la recherche avance. Garder des traces des choix effectués permet l'évaluation finale de la méthode appliquée, et ainsi on évite de répéter l'erreur, si répandue dans les travaux en communication, de réduire la section "méthodologie" du rapport final à une simple description des techniques employées, ce qui en soi ne valide pas la méthode. Il faut que la méthode soit explicitée, que le raisonnement suivi soit logiquement justifié. Dans ce sens, l'auteur dit:
"la réflexion méthodologique consiste principalement à prendre conscience des choix pris durant l'avancement de la recherche." (p 24)

Utiliser plutôt la notion de protocole et non pas le terme "méthodes", au pluriel… Un même objet de recherche peut être cerné théoriquement et empiriquement de plusieurs façons. On parle souvent des "méthodes" quantitatives, qualitatives, structurales. Pour éviter des confusions terminologiques, il vaut mieux utiliser le terme protocole pour nommer ces démarches particulières. Selon l'auteur, le protocole est une "liste de conventions appliquées dans une opération" (p 34), ou encore "un ensemble de règles appliquées systématiquement dans l'enregistrement d'informations et dans leur traitement ultérieur" (p 34). Ainsi le terme se prête bien à la tâche; on dira donc: protocole quantitatif, qualitatif, structural.

Dans les exemples d'application donnés par l'auteur (pp 34-39), il parle de notions qui peuvent s'avérer intéressantes pour le travail de la thèse: des approches statique et dynamique d'interaction avec la population (p 36), et surtout le protocole de décentration (p 37) et mise en perspective des observations dans le cadre d'une problématique plus générale.

Pour finir:
"l'exigence méthodologique consiste (…) à évaluer la pertinence et la fiabilité du chemin suivi selon un protocole donné ou [du chemin] à suivre selon la question posée ou l'hypothèse formulée" (p 36)

24 juil. 2008

Point sur la méthode

L'édition de juin 2008 de la revue Computer, la principale publication de l'IEEE Computer Society (département informatique de l'Institut des Ingénieurs Electriques et Electroniques), propose un dossier sur les TIC pour le développement.

Lisant l'introduction des éditeurs invités (cliquez ici pour le fichier pdf), on découvre que la communauté scientifique est de moins en moins intéressée par les centres informatiques simples (appelés parfois télé-centres), même s'ils sont encore très répondus dans les stratégies de développement des praticiens. Voici le morceau qu'indique cette tendance (gras par nous):

"(...) the PC-based telecenter providing general public access to computing or the Internet appears to be waning in interest among ICTD researchers, despite its earlier status as the focal point of ICTD work and ongoing interest outside the academic community. For example, the government of India is set to roll out 100,000 government supported telecenters, yet formal studies of the economic sustainability and socioeconomic impact of telecenters have found them wanting. Indeed, none of the articles here considers the telecenter as a locus of innovation. In its place, the authors pay increased attention to innovations involving wireless technology, mobile phones, and digital video, where the PC often lurks in the background."

Il faut qu'on reste attentif à la fois à ces tendances et aux réalités de terrain pour faire des bons choix d'orientation pour la thèse. Peut-être il serait le cas d'essayer de concentrer les efforts sur des applications basées sur le téléphone mobile. A prendre en compte dans la suite...