Bill Cooke a organisé en 2001 un ouvrage avec Uma Kothari appelé "Participation: the new tyranny?" critiquant la mode d'application de méthodes participatives dans le domaine du développement. Le 7ème chapitre de ce livre, écrit par Bill Cooke lui-même, est dédié à la description de 4 risques des méthodes participatives liés au travail de prise de decision en groupe, et expliqués par la psychologie sociale. Le raisonnement de Bill Cooke dans ce chapitre me semble particulièrement intéressant pour susciter chez les praticiens et les chercheurs des précautions par rapport à l'application de méthodes participatives, mais ces risques ne mettent pas en question, à mon avis, l'intérêt de telles méthodes, surtout quand on considère l'importance de la participation pour l'appropriation des processus de développement par les agents locaux.
Les 4 risques décrits par Bill Cooke sont:
le "risky shift": le fait que les décisions prises en groupe on tendance à être plus risquées que celles prises individuellement. Plusieurs raisons sont avancées selon le contexte. Aux EUA, par exemple, la prise de risque est valorisée socialement et donc les personnes dans une discussion en groupe auraient tendance à vouloir se montrer plus propices à la prise de risque que elles les sont en vérité. Une autre raison que me semble plus général et que probablement joue un rôle dans la majorité des cas, indépendamment de l'origine des participants, est le fait que dans des décisions prises en groupe la responsabilisation des acteurs individuels peut sembler diminuée, en autres termes, les individus peuvent se sentir moins responsables par la décision prise en groupe et donc se sentir, chacun à son tour moins préoccupé avec les risques de la décision, ce qui donne comme résultat général la prise d'une décision plus risquée.
le "paradoxe d'Abilene": le fait que, d'après des intentions individuelles de correspondre à une volonté supposée du groupe, les décisions prises en groupe peuvent être à l'opposé des volontés individuelles. La volonté tout à fait légitime des membres d'un groupe à arriver à un consensus peut donner lieu à un effet indésirable: par un manque de compréhension mutuelle, chaque individu exprime un avis contraire à son opinion personnelle en voulant plaire à ses compagnons. La contagion mentale de cet état d'esprit peut aboutir à une décision qui finalement n'était soutenu véritablement par aucun des membres du groupe!
le "groupthink": l'attachement ferme du groupe à des idées ou des schémas mentaux spécifiques peut engendrer un manque de fléxibilité et d'ouverture qui les améne à rejetter, à partir d'une réaction emotionnelle, toute idée contraire à celles établies. Lorsque ce niveau d'attachement et d'identification idéologique est atteint dans un groupe, même des critiques venant des membres du propre groupe seront fermement rejetées, à un tel point que les membres se sentiront de moins en moins à l'aise pour présenter ouvertement des nouvelles critiques.
la "persuasion coercitive": le fait que l'art de la rhétorique peut être utilisé pour manipuler le groupe dans la prise de décision. Ainsi l'individu le plus communicatif et éloquent peut dominer la discussion et finalement faire passer ses idées comme celles portant la légitimité du choix collectif. Dans les projets de développement, cela nous ramène à la diversité des acteurs, en particulier les différences formelles et cognitives entre acteurs locaux et extérieurs: même sans le vouloir et indépendamment du niveau d'effort qu'il fasse pour minimiser son influence dans la prise de décision, l'animateur d'un groupe de discussion joue un rôle fondamental dans la conduction des échanges et la construction des décisions.
Ce sont certainement des points intéressants à prendre en compte dans tout travail en groupe,et particulièrement dans les méthodes participatives appliquées aux projets de développement. Je garde toutefois l'impression que ces réserves ne nient pas l'intérêt des méthodes participatives; elles montrent simplement qu'elle ne doivent pas être appliquées de façon naïve.
Français: Blog sur la thèse de doctorat d'Eric Pasquati, dont le thème est l'appropriation des technologies de l'information et de la communication (TIC) par des agriculteurs ouest-africains.
English: Eric Pasquati's PhD concerning the appropriation of ICT by farmers in West Africa. Please, fell free to leave your comments in English.
Português: Tese de doutorado de Eric Pasquati sobre a apropriação das tecnologias da informação e da comunicação (TIC) pelos agricultores da África do Oeste. Será um prazer discutir também em Português sobre o tema.
Español: Tesis de doctorado de Eric Pasquati sobre la apropiación de las tecnologías de información y de la comunicación (TIC) por los agricultores del África de l'Oeste. Sientan la libertad de dejar también sus comentarios en español.
English: Eric Pasquati's PhD concerning the appropriation of ICT by farmers in West Africa. Please, fell free to leave your comments in English.
Português: Tese de doutorado de Eric Pasquati sobre a apropriação das tecnologias da informação e da comunicação (TIC) pelos agricultores da África do Oeste. Será um prazer discutir também em Português sobre o tema.
Español: Tesis de doctorado de Eric Pasquati sobre la apropiación de las tecnologías de información y de la comunicación (TIC) por los agricultores del África de l'Oeste. Sientan la libertad de dejar también sus comentarios en español.
15 mai 2009
12 mai 2009
Article - Kiyindou, 2000
Auteur : Alain Kiyindou
Titre : Culture et appropriation de l'information générale et spécialisée en milieu rural africain
dans: Hermes
Année : 2000
quelques morceaux de l'article:
Parmi les codes sociaux, Kiyindou identifie les règles liées à la politesse et les règles de profération de la parole. Les codes de politesse s'appliquent notamment au salut, au regard, au silence.
Et Kiyindou parle aussi de la question de l'analphabétisme:
et du conséquent seuil d'acceptabilité des informations:
Ensuite Kiyindou parle de l'importance du magico-religieux dans la vie des communautés rurales africaines. Les ancêtres, par exemple, sont très respectés et sont considéré avoir des pouvoir sur le monde sensible. Ce pouvoir ne se manifesterait à faveur des vivants si le laisse espace pour se déployer. Ainsi le réfu à l'objectivité viendrait de la préoccupation de garder l'incertitude pour laisser marge à la manifestation du mystérieux:
Kiyindou parle ensuite du "refus de l'incertitude", comme des stratégie sécuritaires liées à l'attachement à la vie. Je me demande s'il ne s'agirait plutôt d'un réfu du changement, basé dans la peur de l'inconnu, de ce qui n'a pas encore été comprouvé par l'expérience. Kiyindou dit que:
et que de refus "de l'incertitude" serait aussi caractérisé par un "attachement aux structures traditionnelles" (p.239).
Enfin, Kiyindou de la valeur sociale des informations et son influence sur la pertinence de ces informations:
Pour finir:
Titre : Culture et appropriation de l'information générale et spécialisée en milieu rural africain
dans: Hermes
Année : 2000
quelques morceaux de l'article:
"L'appropriation dépasse donc la simple offre, la réponse à une demande d'information, mais elle devient construction, adaptation en fonction des besoins de l'individu, faite par l'individu lui-même. Cette adaptation s'étudie à travers les usages de l'information générale et spécialisée. En effet, l'appropriation est liée à l'usage de l'information, un usage qui dépend principalement de deux critères à savoir l'accessibilité et la validité de l'information, ce que Le Coadic définit à travers les concepts d'usabilité et d'utilité." (p.234)
"L'appropriation n'est donc pas la simple acquisition, mais une nouvelle expression de l'information dans laquelle se combinent créativité et adaptabilité. C'est à ce niveau qu'on parle du récepteur inventeur qui aujourd'hui ne se situe plus à la fin du processus de communication, mais qui en est le coeur même. (...) L'appropriation doit donc être replacée dans un contexte, c'est-à-dire qu'il faut tenir compte de la réalité socioculturelle dans l'analyse qui en est faite et surtout la considérer comme l'aboutissement d'un jeu d'acteurs avec chacun sa stratégie, un jeu dont la règle n'est en aucun cas dictée par le détenteur du savoir." (p.234)
"En ce qui concerne l'offre d'information en milieu rural africain, on peut constater qu'elle s'articule autour de trois axes principaux à savoir l'information agricole, l'information pour la santé et l'information pour la protection de l'environnement. (...) l'accès à toutes ces informations ainsi que leur usage restent influencés par un certain nombre d'éléments liés à la culture des destinataires." (p.235)
"Une information influencée par un certain nombre d'éléments culturels parmi lesquels figurent les codes sociaux, le magico religieux, l'attachement à la vie et les pratiques courantes." (p.236)
Parmi les codes sociaux, Kiyindou identifie les règles liées à la politesse et les règles de profération de la parole. Les codes de politesse s'appliquent notamment au salut, au regard, au silence.
"En ce qui concerne la profération de la parole, on peut constater que dans les sociétés africaines, celle-ci est régie par des conditions sociales et écologiques. En effet, la parole étant une force, sa pratique sociale doit être règlementée. Ainsi, de nombreuses zones de discours sont réservées à certaines catégories d'individus." (p.236)
"À côté de ces codes de politesse et de courtoisie existent des conditions écologiques de profération de la parole. Cela signifie qu'il y a des paroles, des mots qui ne peuvent pas être utilisés dans certaines circonstances." (p.237)
Et Kiyindou parle aussi de la question de l'analphabétisme:
"le fait que la diffusion de nouvelles techniques culturales ne se fasse pas toujours en langue maternelle est une difficulté de plus pour les paysans africains." (p.237)
et du conséquent seuil d'acceptabilité des informations:
"(...) l'analphabétisme est aussi à l'origine de nombreux phénomènes de réductions observées à ce sujet. En effet, quand l'information dépasse ce qu'on pourrait appeler le seuil d'acceptabilité, il y a application de mécanismes de réduction, simplification et généralisation par perte de détails. Un message trop complexe, trop riche en information tombe sous le coup de la simplification. Plus le message est riche en informations, et plus la perte est grande." (p.237-8)
Ensuite Kiyindou parle de l'importance du magico-religieux dans la vie des communautés rurales africaines. Les ancêtres, par exemple, sont très respectés et sont considéré avoir des pouvoir sur le monde sensible. Ce pouvoir ne se manifesterait à faveur des vivants si le laisse espace pour se déployer. Ainsi le réfu à l'objectivité viendrait de la préoccupation de garder l'incertitude pour laisser marge à la manifestation du mystérieux:
"(...) les ancêtres ont la possibilité de fructifier les récoltes, de multiplier les poissons, les animaux, les fruits... à la seule condition que cela reste mystérieux. Ils évitent donc d'intervenir sur des produits déjà comptés. Ainsi, les champs dont la surface a été mesurée ne verront pas celle-ci s'agrandir, la récolte dont les produits ont été comptés ne verra pas leur nombre augmenter par la volonté des ancêtres. Le magico religieux explique donc en partie le rejet de l'information spécialisée qui par nature est fait de chiffre, impose des calculs, des dosages, des mesures." (p.238)
Kiyindou parle ensuite du "refus de l'incertitude", comme des stratégie sécuritaires liées à l'attachement à la vie. Je me demande s'il ne s'agirait plutôt d'un réfu du changement, basé dans la peur de l'inconnu, de ce qui n'a pas encore été comprouvé par l'expérience. Kiyindou dit que:
"Les sociétés rurales africaines intègrent les apports extérieurs avec beaucoup de prudence."(p.239)
et que de refus "de l'incertitude" serait aussi caractérisé par un "attachement aux structures traditionnelles" (p.239).
Enfin, Kiyindou de la valeur sociale des informations et son influence sur la pertinence de ces informations:
"(...) l'intérêt des populations pour une information donnée varie selon le bénéfice que lui apporte celle-ci. Ainsi le consommateur est avant tout friand d'une information utile c'est-à-dire, celle qui peut lui permettre de faire face à la vie de tous les jours. Cette information doit donc être attractive, crédible, originale et durable. En milieu rural africain, une information est d'autant plus pertinente que la valeur sociale du produit dont elle traite est grande. (...) La valeur accordée à un arbre, à un animal, explique en partie l'intérêt accordé à l'information le concernant ou encore l'indifférence des populations par rapport à cette information." (p.240)
Pour finir:
"Les interventions pour le développement rural mettent en exergue l'importance des facteurs culturels dans l'appropriation de l'information. En effet, si la plupart des discours reconnaissent la nécessité d'une information adaptée aux capacités des utilisateurs, dans la pratique, celles-ci semblent ignorées par les concepteurs des programmes d'information." (p.241)
24 avr. 2009
ICTD 2009 - Mike Powell
J'ai été à la conférence ICTD 2009, et quelques idées de Mike Powell, directeur du programme IKM Emergent, me semblent très intéressantes. Voici ce qu'il a développé pendant le premier panel de la conférence, intitulé "Généalogie de la recherche en TIC pour le développement: prémisses, prédispositions et paradoxes". Dans cette occasion Mike Powell a exploré principalement la liaison entre les TIC et la notion de développement.
Tout d'abord il a dit qu'on est arrivé finalement à un consensus: TIC pour le développement ne s'agit pas d'un transfert rigide de technologies d'un endroit à l'autre, mais plutôt de l'adaptation et l'innovation à chaque occasion. Powell souligne que dans ces processus d'adaptation et forcement d'innovation dans la construction des usages effectifs des TIC, il faut s'attendre à ce qu'il appelle des développements inattendus. Il donne l'exemple de la révolution verte qui, même étant considérée un grand succès de par l'augmentation des rendements de la production agricole, a engendré des dégats environnementaux considérables. En bref, ne pas avoir une vision naïve et romantique de l'utilisation des TIC, mais être vigilant aux conséquences inattendues.
Ensuite il a parlé de sa vision de développement. Pour Powell, les résultats des efforts de développement doivent s'exprimer en dernière instance par un rétrécissement de la distance entre les riche et les pauvres. Selon lui, le développement doit se présenter comme des changements transformateurs de la condition de vie des populations en question. Ainsi, en ce qui concerne les ICTD (TIC pour le développement), il considère qu'il s'agit de la recherche, de la discussion et de la mise en oeuvre de changements informationnels possibles dans la realité en question.
Powell s'inspire des idées d'Amartya Sen pour identifier le développement avec l'action de "removing unfreedoms and providing choices". Powel soulinge alors une question culturelle importante qui écarte la communauté des TIC de cette notion de développement. Selon lui, la communauté d'ingénieurs caractéristique du secteur des TIC est habituée à modeliser des problèmes et à rechercher des solutions objectives pour ces problèmes. Or, Powell dit que "there are notions of development which don't suppose a series of problems requiring solutions, but a series of social processes which empower people and give them the capacity to make choices that they need to make to make their lives go forward". Il existerait une déséquilibre entre la façon de faire des ingénieurs (à la recherche de solutions) et cet objectif de rendre possible des choix. Selon Powell il serait nécessaire de passer de la logique du "I give you" à la logique du "we work on this together".
Powell souligne également le fait qu'il y a toujours une dimension ethique dans les processus de développement. Ces processus sont généralement présentés comme des situations "gangant-gangant", mais souvent ils bénéficient beaucoup plus une partie que les autres. Alors, il y aurait place pour la réflexion sur le rétrécissement ou l'élargissement de la distance entre les différents parties prenantes, en ce qui concerne les enjeux de pouvoir des processus de développement.
Finalement, Powell attire l'attention à la nécessité de revoir la formulation des termes de références des recherches établis par les bailleurs de fonds. Il dit que les bailleurs sont souvent très normatifs et contradictoires dans leurs demandes: "please have a wonderful creative research program but tell us exactly what the outputs will be in advance", ou "work in participatory ways with other people, but tell us what they are going to say in advance". Powell dit que la demande de transparence et de responsabilité (accountability) est complètement légitime, mais qu'il faudrait formuler ces demandes façon à permettre la réalisation de recherches créatives.
Tout d'abord il a dit qu'on est arrivé finalement à un consensus: TIC pour le développement ne s'agit pas d'un transfert rigide de technologies d'un endroit à l'autre, mais plutôt de l'adaptation et l'innovation à chaque occasion. Powell souligne que dans ces processus d'adaptation et forcement d'innovation dans la construction des usages effectifs des TIC, il faut s'attendre à ce qu'il appelle des développements inattendus. Il donne l'exemple de la révolution verte qui, même étant considérée un grand succès de par l'augmentation des rendements de la production agricole, a engendré des dégats environnementaux considérables. En bref, ne pas avoir une vision naïve et romantique de l'utilisation des TIC, mais être vigilant aux conséquences inattendues.
Ensuite il a parlé de sa vision de développement. Pour Powell, les résultats des efforts de développement doivent s'exprimer en dernière instance par un rétrécissement de la distance entre les riche et les pauvres. Selon lui, le développement doit se présenter comme des changements transformateurs de la condition de vie des populations en question. Ainsi, en ce qui concerne les ICTD (TIC pour le développement), il considère qu'il s'agit de la recherche, de la discussion et de la mise en oeuvre de changements informationnels possibles dans la realité en question.
Powell s'inspire des idées d'Amartya Sen pour identifier le développement avec l'action de "removing unfreedoms and providing choices". Powel soulinge alors une question culturelle importante qui écarte la communauté des TIC de cette notion de développement. Selon lui, la communauté d'ingénieurs caractéristique du secteur des TIC est habituée à modeliser des problèmes et à rechercher des solutions objectives pour ces problèmes. Or, Powell dit que "there are notions of development which don't suppose a series of problems requiring solutions, but a series of social processes which empower people and give them the capacity to make choices that they need to make to make their lives go forward". Il existerait une déséquilibre entre la façon de faire des ingénieurs (à la recherche de solutions) et cet objectif de rendre possible des choix. Selon Powell il serait nécessaire de passer de la logique du "I give you" à la logique du "we work on this together".
Powell souligne également le fait qu'il y a toujours une dimension ethique dans les processus de développement. Ces processus sont généralement présentés comme des situations "gangant-gangant", mais souvent ils bénéficient beaucoup plus une partie que les autres. Alors, il y aurait place pour la réflexion sur le rétrécissement ou l'élargissement de la distance entre les différents parties prenantes, en ce qui concerne les enjeux de pouvoir des processus de développement.
Finalement, Powell attire l'attention à la nécessité de revoir la formulation des termes de références des recherches établis par les bailleurs de fonds. Il dit que les bailleurs sont souvent très normatifs et contradictoires dans leurs demandes: "please have a wonderful creative research program but tell us exactly what the outputs will be in advance", ou "work in participatory ways with other people, but tell us what they are going to say in advance". Powell dit que la demande de transparence et de responsabilité (accountability) est complètement légitime, mais qu'il faudrait formuler ces demandes façon à permettre la réalisation de recherches créatives.
9 déc. 2008
Article – Balandier, 2008
Auteur : Georges Balandier
Titre : L'Afrique sait ce qu'elle est
dans: Afrique ambiguë
Maison d’édition : Plon
Année : 2008
Mots clés : Afrique, incompréhension par l'occident
Dans cette préface de l'édition de 2008 de l'Afrique ambiguë, l'anthropologue français Georges Balandier parle de la méconnaissance de l'occident par rapport à l'Afrique, et des conséquentes erreurs d'interprétation du contexte africain.
Je voudrais seulement souligner un passage que me semble particulièrement parlant sur l'incompréhension du contexte africain par les occidentaux et l'insistance sur un modèle d'assistance venant de l'extérieur, comme si des solutions locales ne pouvaient pas émerger. Parlant du cas de "L'Arche de Zoé" qui "a prétendu évacuer en France une centaine d'"orphelins du Darfour", destinés à des familles d'accueil qui ont contribué financièrement à l'opération" (p.IX), Balandier dit que
Titre : L'Afrique sait ce qu'elle est
dans: Afrique ambiguë
Maison d’édition : Plon
Année : 2008
Mots clés : Afrique, incompréhension par l'occident
Dans cette préface de l'édition de 2008 de l'Afrique ambiguë, l'anthropologue français Georges Balandier parle de la méconnaissance de l'occident par rapport à l'Afrique, et des conséquentes erreurs d'interprétation du contexte africain.
"L'Afrique, elle, sait ce qu'elle est. Elle l'a toujours su, mais nous en Occident, et beaucoup d'autres aussi, avons simplifié sa complexe réalité, ignoré sa force d'être et de maintenir ce qu'elle est, par notre incapacité peut-être, par paresse et calcul surtout." (p.I)Pour Balandier, s'il y a encore des situations inacceptables, il y a aussi des processus de changement vers la démocratie, le développement, la reconnaissance des droits de l'homme…
Je voudrais seulement souligner un passage que me semble particulièrement parlant sur l'incompréhension du contexte africain par les occidentaux et l'insistance sur un modèle d'assistance venant de l'extérieur, comme si des solutions locales ne pouvaient pas émerger. Parlant du cas de "L'Arche de Zoé" qui "a prétendu évacuer en France une centaine d'"orphelins du Darfour", destinés à des familles d'accueil qui ont contribué financièrement à l'opération" (p.IX), Balandier dit que
cette affaire "manifeste la méconnaissance des rapports sociaux africains, des symboles et pratiques que les expriment, elle montre le maintien d'une imagerie qui fait accroire aux gens que les remèdes à une supposée incapacité africaine doivent nécessairement venir "du dehors"" (p.X)Il cite la conclusion de Régis Debray sur ce type de dérive humanitaire:
pour meilleur, une charité sans frontières, pour le pire, "l'insouciance de ce qui fait que l'autre est un autre, et non pas le faire-valoir de notre suréminence." (p.X)
Libellés :
contexte / context,
développement / development
8 déc. 2008
Réunion point d'avancement à FARM 08déc08
Avec : Jean-Marie Blanchard, conseilleur professionnel pour la thèse. et Solène Morvant, chef de projet microfinance à FARM
Quand : le 08 décembre 2008, de10h à 12h
Où : à FARM
Objet : présentation et discussion sur le cadrage de la thèse
sur le cadrage:
sur le vocabulaire:
sur le fond:
sur la méthodo:
sur le terrain:
général:
Merci à Monsieur Blanchard et à Solène de l'attention et de ces suggestions!
Quand : le 08 décembre 2008, de10h à 12h
Où : à FARM
Objet : présentation et discussion sur le cadrage de la thèse
sur le cadrage:
- il faut laisser claire ce je que compte faire, la valeur ajoutée de mon travail par rapport aux recherches qui ont déjà été faites.
- Blanchard dit qu'il faudrait citer des projets appuyés par la BM et l'OCDE pour montrer que dans la majorité des cas l'approche choisie n'est pas celle de l'adaptation aux réalités locales avec un rôle central des acteurs locaux.
- Solène dit qu'il est important de citer des études qui sont à la base de quelques conclusions présentées, de façon à laisser claire la légitimité scientifique de ces conclusions.
sur le vocabulaire:
- "appropriation" est plus précis que "utilisation", Blanchard croit que le danger d'interprétation comme prescription des objets techniques existe dans les deux cas, donc l'idéel serait d'utiliser le premier terme et de laisser toujours claire l'approche socioculturelle et l'attention aux besoins exprimés par les agriculteurs. Un terme à éviter est "adoption" des technologies!
- Blanchard suggère de parler plutôt de "services" que de "technologies", finalement c'est l'information que nous intéresse, l'objet technique derrière est relatif ("on peut faire de la téléphonie avec internet et vice-versa").
- faire attention à la présentation de l'approche de l'innovation et bien préciser que, même si le nom de l'approche ne le précise pas, il s'agit d'une innovation technique, que cette approche ne tient pas en compte des innovation méthodologiques et des usages effectifs.
sur le fond:
- Solène suggère la lecture des sujets de la construction sociale des marchés et de l'inégalité d'accès à l'information, elle me donnera des références.
- Solène suggère qu'il serait important d'étudier le discours des usagers sur les TIC. Elle donne un exemple intéressant sur la représentation des concepts étrangers par des locaux qui rend évident le volet symbolique de cette représentation: l'utilisation du mot "corde" pour signifier "dette", car celle-ci attache, limite la liberté. Elle a rappelé que les africains sont très imagés.
- Sur le détournement de priorités en Afrique, Blanchard parle d'enquêtes faites au Mali, et dit que des nombreuses personnes qui déclaraient d'un côté ne pas arriver à équilibrer leurs budgets, étaient par l'autre côté prêtes à dépenser 1000 FCFA par semaine avec le téléphone portable. Cela non pas en raison d'une question de reconnaissance sociale, mais de besoins concrets par rapport à des liens sociaux. D'autres études semblent montrer qu'une augmentation de consommation avec le téléphone portable engendrait une diminution de la consommation de bière.
sur la méthodo:
- Solène va me suggérer des références sur des outils méthodologiques, parfois quantitatifs, qui peuvent être intéressants (présentation des résultats avec des graphiques en toile d'araignée).
- Solène dit aussi qu'il ne sera pas facile d'isoler la par des TIC dans les influences sociales étudiées.
sur le terrain:
- Solène a attiré l'attention à l'importance de rester ouvert à l'expérience du terrain, étant toujours prêt à adapter les approches et mêmes les questions selon la réalité rencontrée sur le terrain.
- Blanchard considère qu'une bonne échelle pour le terrain serait la zone d'actuation d'une OP, l'important étant d'intégrer dans l'analyse tous les maillons de la chaine de production (mais aussi la chaine d'information, n'est-ce pas?...).
- il serait intéressant de privilégier des zones de production vivrière.
- Blanchard suggère le repérage de 4 ou 5 cas pour ensuite procéder au choix du plus pertinent.
général:
- Dans le même esprit de la visite d'expériences en Inde, Blanchard suggère qu'il serait instructif de regarder des expériences en Afrique de l'Est.
- Blanchard suggère le film "Bamako".
Merci à Monsieur Blanchard et à Solène de l'attention et de ces suggestions!
5 déc. 2008
Rdv avec Alain Retiere
Avec : Alain Retière
Quand : le 05 décembre 2008, de 15h15 à 16h15
Où : FARM
Objet : point d'avancement de la thèse
Quelques points abordés par Alain dans ses commentaires sur la thèse:
Alain s'intéresse beaucoup à l'eGouvernance et au potentiel des TIC de générer des nouvelles marges de manœuvre pour les usagers, vis-à-vis des systèmes, des institutions en place. Pour illustrer il fait allusion à a façon par laquelle les personnes d'une petite communauté éluent leurs représentants politiques. Il dit qu'en beaucoup de cas, les personnes choisissent celle parmi elles qui a le plus grand contact avec l'extérieur. Il cite aussi l'exemple des 2 chefs pour les peuples descendants des Mayas: le chef "espagnol" (même si c'est un locaux c'est quelqu'un qui est proche de la logique d'exploration d'un pouvoir officiel, et normalement loin du terrain, du travail de la population) et le chef "du travail", celui dont la légitimité est basé sur son autorité dans les activités concrètes de la communauté. Dans une bonne partie des cas, les élus des petits villages y passent dans le moment des campagnes électorales (aussi pour faire leurs promesses…), et après l'élection, vont vivre en grande ville. Ces mêmes élus vont passer dans les villages de temps en temps et dire ce qu'ils veulent sur ses activités parce que personne n'est en mesure de confirmer ou infirmer ce qu'il dit. Alain espère que l'utilisation des TIC pourra donner aux usagers accès direct à des informations permettant un plus grand contrôle, de façon qu'ils puissent s'en passer des médiateurs dans les circuits de l'information. C'est certainement une problématique intéressante. Même n'étant pas au sein de la thèse, il vaut la peine la garder dans un coin de la tête et prendre en compte des enjeux d'eGouvernance également.
Quand : le 05 décembre 2008, de 15h15 à 16h15
Où : FARM
Objet : point d'avancement de la thèse
Quelques points abordés par Alain dans ses commentaires sur la thèse:
- la question de l'échelle de la recherche: le terrain d'étude sera un village, un groupe de villages, une région, …? Selon lui il serait intéressant de ne pas trop limiter l'étendu du terrain (en pratique, ne pas faire la recherche sur un seul village!), car en communication il faut prendre en compte la notion de réseau, exposée dans la suite.
- la notion de réseau: importance de l'interaction des membres de la communauté avec des acteurs extérieurs dans la circulation de l'information. Alain dit que probablement le rôle du téléphone portable, par exemple, n'est pas essentiel pour la communication au sein d'un même village, mais dans le contact de ce village avec d'autres centres. Il dit qu'il serait intéressant de comparer un village qui a l'accès aux TIC et que les utilise et un autre que ne l'a pas.
- les signes extérieurs dans l'utilisation des objets techniques: des postures, des manipulations (comment l'usager joue avec l'objet, même en dehors du cadre spécifique d'utilisation), des comportements. Il souligne l'importance de la signification symbolique de ces objets. Exemple du "chef" africain qui "n'a pas de cartable", qui a tout sur soi, et que tient le téléphone portable à la main, même sans l'utiliser, peut-être comme un symbole de pouvoir.
- l'intérêt d'aller voir comment se passe l'utilisation des TIC dans des villages indiens (donner préférence à voir directement sur le terrain, avec les agriculteurs), et peut-être aussi dans d'autres pays, comme le cas du Nicaragua (où, en raison d'une initiative privé, le réseau de fibres optiques s'est énormément développé de façon que quelques villages sont passés d'un état de non connexion, directement à la connexion de haut débit).
- possible différence de nature des savoirs construits de façon traditionnelle d'un côté, et avec des informations véhiculées par les TIC de l'autre? à explorer.
- à creuser: protocoles ethnographiques ou ethnologiques? ou psychosociologiques? ou anthropologiques?
Alain s'intéresse beaucoup à l'eGouvernance et au potentiel des TIC de générer des nouvelles marges de manœuvre pour les usagers, vis-à-vis des systèmes, des institutions en place. Pour illustrer il fait allusion à a façon par laquelle les personnes d'une petite communauté éluent leurs représentants politiques. Il dit qu'en beaucoup de cas, les personnes choisissent celle parmi elles qui a le plus grand contact avec l'extérieur. Il cite aussi l'exemple des 2 chefs pour les peuples descendants des Mayas: le chef "espagnol" (même si c'est un locaux c'est quelqu'un qui est proche de la logique d'exploration d'un pouvoir officiel, et normalement loin du terrain, du travail de la population) et le chef "du travail", celui dont la légitimité est basé sur son autorité dans les activités concrètes de la communauté. Dans une bonne partie des cas, les élus des petits villages y passent dans le moment des campagnes électorales (aussi pour faire leurs promesses…), et après l'élection, vont vivre en grande ville. Ces mêmes élus vont passer dans les villages de temps en temps et dire ce qu'ils veulent sur ses activités parce que personne n'est en mesure de confirmer ou infirmer ce qu'il dit. Alain espère que l'utilisation des TIC pourra donner aux usagers accès direct à des informations permettant un plus grand contrôle, de façon qu'ils puissent s'en passer des médiateurs dans les circuits de l'information. C'est certainement une problématique intéressante. Même n'étant pas au sein de la thèse, il vaut la peine la garder dans un coin de la tête et prendre en compte des enjeux d'eGouvernance également.
2 déc. 2008
Réunion avec CM
Avec : Claude Meyer, directeur de thèse
Quand : le 01 décembre 2008, de 16h45 à 17h15
Où : Gare d'Austerlitz
Objet : commentaires sur le texte du cadrage
Une très brève réunion pour avoir quelques commentaires de CM sur le document de cadrage de la thèse. Il est content avec le résultat de ce travail mais rappelle que je suis en retard et donne plusieurs suggestions.
CM m'a demandé pour d'ici quinze jours une vingtaine de pages avec l'évolution des ces recherches, approfondissant la problématique.
Quand : le 01 décembre 2008, de 16h45 à 17h15
Où : Gare d'Austerlitz
Objet : commentaires sur le texte du cadrage
Une très brève réunion pour avoir quelques commentaires de CM sur le document de cadrage de la thèse. Il est content avec le résultat de ce travail mais rappelle que je suis en retard et donne plusieurs suggestions.
- il faut être plus spécifique par rapport aux objets techniques qui seront pris en compte, évitant allusion générale aux TIC. Il avait suggéré le téléphone portable, mais il est d'accord pour inclure également l'internet, en sachant qu'il va falloir préciser comment aborder l'utilisation de ces objets. Il me semble que l'idée est d'aborder la complémentarité entre ces deux technologies. CM affirme, néanmoins, qu'en termes de méthodologie il faut passer par une approche comparative entre les deux.
- dans ce sens, il faut définir "téléphone portable" (voir travaux de Patrice FLICHY) et "usages d'internet" dans le contexte de notre intérêt.
- il faut explorer davantage d'auteurs Africains.
- il faut explorer les autres langues: PT et EN.
- pour la méthodo, il vaut mieux continuer de lire des articles et essayer d'identifier quelle est la méthodologie utilisée par les auteurs en question (éviter d'aller vers des bouquins spécifiques, ou des dictionnaires de méthodo).
- l'opposition entre sociétés moderne et traditionnelle (monde que ne change pas, où l'innovation n'est pas bien vue, registre de croyances, rôle de l'analogie)
- la différence entre les représentations individuelle, sociale et collective (voir livre Meyer);
- les couches culturelles (demander référence à Meyer – je n'ai pas trouvé "Gert Geersted")
CM m'a demandé pour d'ici quinze jours une vingtaine de pages avec l'évolution des ces recherches, approfondissant la problématique.
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